Le feint Éraste, en même temps,Le feint Éraste, en même temps, Lui présente un miroir de poche. Caliste s’y regarde, et le galant s’approche : Il contemple, il admire, il lève au ciel les yeux ;
Il fait tant, qu’il attrape un souris gracieux. « Mauvais commencement ! se dit-il en soi-même. Eh bien ! poursuivit-il, quand d’un amour extrême On vous aime,
A-t-on raison ? Je m’en rapporte à vous ; Peut-on résister ;à ces charmes ? On fait bien ; car comment ne pas devenir fous, Quand vos coeurs ont affaire à de si fortes armes ?
Sans mentir, messieurs les amants, Vous me semblez divertissants : J’aurois regret qu’on vous fît taire. Mais savez-vous que. votre encens
Peut, à la longue, nous déplaire ? Et pouvons-nous autrement faire ? Tenez, voyez encor ces traits ? Je les vois, je les considère.
Je sais quels ils sont... Mais après ? Après ? L’après est bon ! Faut-il toujours vous dire, Qu’on brûle, qu’on languit, qu’on meurt sous votre empire ? Mon Dieu ! non ! je le sais… Mais après !
Il suffit, Et quand on est mort, c’est tout dit. Vous n’êtes pas si mort que vos yeux ne remuent. Contenez-les, de grâce ; ou bien, s’ils continuent,
Je mettrai mon touret de nez. Votre touret de nez ? Gardez-vous de le faire. Cessez donc, et vous contenez. Quoi ! défendre les yeux ! C’est être trop sévère
Passe encor pour les mains. Ah ! pour les mains, je croi Que vous riez ? Point trop.
C’est donc à moi De me garder. Ma passion commence À se lasser de la longueur du temps.
Si mon calcul est bon, voici tantôt deux ans Que je vous sers sans récompense. Quelle vous la faut-il ! Tout, sans rien excepter.
Un remercîment donc ne peut vous contenter ? Des remercîments ? Bagatelles ! De l’amitié ? Point de nouvelles.
De l’amour ? Bon, cela. Mais je veux du plus fin, Qui me laisse, avancer chemin, En moins de deux ou trois visites,
Moyennant quoi nous serons quittes. Et si vous voulez mettre à prix cet amour-là, Je vous en donnerai tout ce qui vous plaira : Cette boîte de filigrane….
Le libéral amant qu’est Éraste ! Voyez ! Madame, avant qu’on la condamne, Il faut l’ouvrir. Peut-être vous croyez Qu’elle est vide ?
Non pas. Ce sont des pierreries ? Ouvrez ; vous le verrez. Trêve de railleries. Moi ! me railler ! Ouvrez !
Et quand je l’aurois fait ? Je ne sais qui me tient qu’avec un bon soufflet… Mais non Si jamais plus cette insolence extrême…, Je vois bien ce que c’est ; il faut l’ouvrir moi-même.
Disant ces mots, il l’ouvre, et, sans autre façon, Il tire de la boite, et d’entre du coton, De ces appeaux à prendre belles, Assez pour fléchir six cruelles,
Assez pour créer six cocus : Un collier de vingt mille écus. Caliste n’étoit pas tellement en colère, Qu’elle ne regardât ce don du. coin de l’oeil.
Sa vertu, sa foi, son orgueil, Eurent peine à tenir contre un tel adversaire ; Mais il ne falloit pas sitôt changer de ton, Éraste, à qui Nérie avoit fait la leçon
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