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L'HUÎTRE ET LES PLAIDEURS

Jean de La Fontaine

Un jour deux pèlerins sur le sable rencontrent Une huître, que le flot y venoit d'apporter : Ils l'avalent des yeux, du doigt ils se la montrent ; À l'égard de la dent il fallut contester.

L'un se baissoit déjà pour amasser la proie ; L'autre le pousse, et dit : Il est bon de savoir Qui de nous en aura la joie. Celui qui le premier a pu l'apercevoir

En sera le gobeur ; l'autre le verra faire. Si par là l'on juge l'affaire, Reprit son compagnon, j'ai l'œil bon, Dieu merci ! Je ne l'ai pas mauvais aussi,

Dit l'autre ; et je l'ai vue avant vous, sur ma vie. Hé bien ! vous l'avez vue, et moi je l'ai sentie. Pendant tout ce bel incident, Perrin Dandin arrive : ils le prennent pour juge.

Perrin fort gravement ouvre l'huître, et la gruge, Nos deux messieurs le regardant. Ce repas fait, il dit d'un ton de président : Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille

Sans dépens ; et qu'en paix chacun chez soi s'en aille. Mettez ce qu'il en coûte à plaider aujourd'hui ; Comptez ce qu'il en reste à beaucoup de familles : Vous verrez que Perrin tire l'argent à lui,

Et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles.

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