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1678

L'ÉLÉPHANT ET LE SINGE DE JUPITER

Jean de La Fontaine

Autrefois l'éléphant et le rhinocéros, En dispute du pas et des droits de l'empire, Voulurent terminer la querelle en champ clos. Le jour en étoit pris, quand quelqu'un vint leur dire

Que le singe de Jupiter, Portant un caducée, avoit paru dans l'air. Ce singe avoit nom Gille, à ce que dit l'histoire. Aussitôt l'éléphant de croire

Qu'en qualité d'ambassadeur Il venoit trouver sa grandeur. Tout fier de ce sujet de gloire, Il attend maître Gille, et le trouve un peu lent

À lui présenter sa créance. Maître Gille enfin, en passant, Va saluer son excellence. L'autre étoit préparé sur la légation ;

Mais pas un mot. L'attention Qu'il croyoit que les dieux eussent à sa querelle N'agitoit pas encor chez eux cette nouvelle. Qu'importe à ceux du firmament

Qu'on soit mouche ou bien éléphant ? Il se vit donc réduit à commencer lui-même. Mon cousin Jupiter, dit-il, verra dans peu Un assez beau combat, de son trône suprême ;

Toute sa cour verra beau jeu. Quel combat ? dit le singe avec un front sévère. L'éléphant repartit : Quoi ! vous ne savez pas Que le rhinocéros me dispute le pas ;

Qu'Éléphantide a guerre avecque Rhinocère ? Vous connoissez ces lieux, ils ont quelque renom. Vraiment je suis ravi d'en apprendre le nom, Repartit maître Gille : on ne s'entretient guère

De semblables sujets dans nos vastes lambris. L'éléphant, honteux et surpris, Lui dit : Eh ! parmi nous que venez-vous donc faire ? ‒ Partager un brin d'herbe entre quelques fourmis :

Nous avons soin de tout. Et quant à votre affaire, On n'en dit rien encor dans le conseil des dieux : Les petits et les grands sont égaux à leurs yeux.

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