Skip to content
1678

L'ARAIGNÉE ET L'HIRONDELLE

Jean de La Fontaine

O Jupiter, qui sus de ton cerveau, Par un secret d'accouchement nouveau, Tirer Pallas, jadis mon ennemie, Entends ma plainte une fois en ta vie !

Progné me vient enlever les morceaux ; Caracolant, frisant l'air et les eaux, Elle me prend mes mouches à ma porte : Miennes je puis les dire ; et mon réseau

En seroit plein sans ce maudit oiseau : Je l'ai tissu de matière assez forte. Ainsi, d'un discours insolent, Se plaignoit l'araignée autrefois tapissière,

Et qui lors étant filandière Prétendoit enlacer tout insecte volant. La sœur de Philomèle, attentive à sa proie, Malgré le bestion happoit mouches dans l'air,

Pour ses petits, pour elle, impitoyable joie, Que ses enfants gloutons, d'un bec toujours ouvert, D'un ton demi-formé, bégayante couvée, Demandoient par des cris encor mal entendus.

La pauvre aragne n'ayant plus Que la tête et les pieds, artisans superflus, Se vit elle-même enlevée : L'hirondelle, en passant, emporta toile, et tout,

Et l'animal pendant au bout. Jupin pour chaque état mit deux tables au monde : L'adroit, le vigilant, et le fort, sont assis À la première ; et les petits

Mangent leur reste à la seconde.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.