Un beau matin, Trouvant Catin, Toute seulette, Pris son tetin
De blanc satin, Par amourette : Car de galette Tant soit mollette
Moins friand suis, pour le certain. Adonc, me dit la bachelette, Que votre coq cherche poulette ; Ici ne fera grand butin.
Telle censure Ne fut si sûre Qu'elle espérait ; De ma fressure
Dame luxure Jà s'emparait. En tel détroit Mon cas étoit,
Que je quis meilleure aventure. Catin ce jeu point n'entendoit ; Mieux attaquois, mieux défendoit : Dont je souffris peine très dure.
Pendant l'étrif, D'un ton plaintif Dis chose telle : Las ! moi chétif
En son esquif Caron m'appelle. Cessez donc, belle, D'être cruelle
A cettui votre humble captif ; Il est à vous foie et ratelle. Bien grand merci, répondit-elle ; Besoin n'ai d'un tel apprentif.
Je vous affie Et certifie Que quelque jour J'ai bonne envie
Ne vous voir mie Dure à l'étour. Le dieu d'Amour Sait plus d'un tour,
Que votre cœur trop ne s'y fie ; Car, quant à moi, j'ai belle paour Qu'à vous férir n'ait le bras gourd. Le contemner est donc folie.
Vous n'avez pas Bien pris mon cas, Ne ma sentence. De tomber, las !
D'Amour ez las ! Ne fais doutance, Mais telle offense, En conscience,
Ne commettrais pour cent ducats. Que ce soit donc votre plaisance De me laisser en patience, Et de finir cet altercas.
Alors qu'on use De vaine excuse, C'est grand défaut Telle refuse
Qui après muse, Dont bien peu chault ; Car point ne fault Tout homme caut
A chercher mieux quand on l'amuse. Dont je conclus qu'en amour faut Battre le fer quand il est chaud, Sans chercher ni détour ni ruse.
Onc en amours Vaines clamours Ne me reviennent ; Roses et flours,
Tous plaisants tours, Mieux y conviennent. Assez tôt viennent, Voire proviennent
Du temps qu'on perd douleurs et plours. Faut que tels cas aux gens surviennent. C'est bien raison qu'ils entretiennent En tout déduit leurs plus beaux jours.
Ainsi prêchois, Et j'émouvois Cette mignonne ; Mes mains fourrois ;
Usant des droits Qu'amour nous donne. Humeur friponne Chez la pouponne
Se glissa lors en tapinois. Son œil me dit en son patois : Berger, berger, ton heure sonne. J'entendis clair ; car il n'est homme
Plus attentif à telle voix. Ami lecteur, qui ceci vois, Ton serviteur, qui Jean se nomme, Dira le reste une autre fois.
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