Loin du tumulte de la cour, C'est ainsi que nos cœurs vénèrent le monarque. Voici le temple, où chaque jour Il a de notre zèle une nouvelle marque ;
Ses hauts faits y seront respectés par la Parque, Si la Parque a jamais épargné quelques lieux. O vous, dont ses exploits ont attiré les yeux, Admirez-en la suite. Elle doit vous apprendre
Que dans chaque dessein Louis fait éclater De la prudence à l'entreprendre, De la force à l'exécuter. Tributaire des lis, je reçus autrefois
Clovis en son berceau, Childéric en sa tombe ; J'étois ville des Francs : je le suis des François. Un vainqueur, sous qui tout succombe, Sut à ce premier joug ranger ma liberté.
Ce qu'on crut mon malheur fait ma félicité ; Aux efforts de Louis je dus d'abord me rendre. Ce prince sur Clovis l'emporte en piété, En grandeur il passe Alexandre.
Douai, ville à Pallas si chère, Soit que Pallas se considère Un armet à la tête, ou l'aiguille à la main, Douai, la fille de Louvain,
Bénit le conquérant dont le bras l'a soumise. Elle n'a jamais cru la révolte permise, Ni suivi des Flamands les cœurs séditieux. Cette ardeur si fidèle à Louis est acquise :
Car quel roi la mérite mieux ? Lille, cette cité qui vaut une province, Par l'effort de Louis notre grandeur accroît. Qu'en coûte la conquête aux armes de ce prince ?
Dix jours. Qui le croira ? Celui qui le connoît. Triompher en courant d'un climat invincible, Pénétrer un pays que de leurs propres mains La Nature avec l'Art rendoient inaccessible
Aux entreprises des humains ; Passer le Rhin, l'Issel, et lasser la victoire, Faire à plus de cent forts son tonnerre éprouver, C'est ce qui de cent rois pourroit remplir l'histoire :
En trois mois cependant un seul sut l'achever. Louis sait commander c'est le métier des rois, C'est celui que font les dieux même ; Les héros par cet art faisoient joindre autrefois
Les honneurs de l'Olympe à ceux du diadème. Notre prince le porte en un degré suprême. Contemplez de quel air il sait aux champs de Mars, Comme au trône, exercer le plus noble des arts.
Maestricht en est témoin : cette ville fameuse Change bientôt de souverain ; Peu de temps la réduit ; douze jours… et la Meuse Eu faveur de Louis suit l'exemple du Rhin.
Je louerais Besançon, mais César l'a dépeint. On sait que dans les airs son rocher va s'étendre. Quoique voisin du ciel, nos armes l'ont contraint, Après huit veilles, à se rendre.
Tout concourait pour le défendre : Le nom de ses guerriers, l'aspect de ses remparts. Ibères et Germains, venus de toutes parts, Voyoient entrer pour lui l'hiver même en leurs ligues.
Huit retours de l'aurore ont décidé son sort. Louis est un torrent, dont les plus fortes digues Ne sauraient arrêter l'effort. Besançon fut suivi de Dôle, et ces projets
Entassèrent bientôt conquête sur conquête. Louis mène une troupe, aux combats toujours prête : En autant de héros il change ses sujets. Rien ne résiste aux mains conduites par sa tête.
Qu'on soit ministre ou chef, qu'on soit sage ou vaillant, Il connoît de chacun le zèle et le talent. Sous ses ordres, Louvois, d'une peine assidue, Par l'exemple du prince au travail animé,
Suffit seul à cent soins d'une immense étendue : Quel génie ! Il est vrai que Louis l'a formé. Rien ne sauva Limbourg : les forces de l'Empire, Le Ratave, l'Ibère, enfin le monde entier.
Condé formoit le siége, instruit en ce métier. Mars et lui ne font qu'un, c'est ce que l'on peut dire. Louis couvrait son camp et le favorisoit ; Aux secours assemblés ce prince s'opposoit.
Où sont ces Ilions qui coûtoient dix années ? Limbourg, après dix jours, tomba sous notre fer. Eût-il pu retarder l'arrêt des destinées Et la foudre de Jupiter ?
Bouchain servoit de clef à deux superbes villes : Sa prise les rendoit à dompter plus faciles. Ni Valenciennes ni Cambrai N'eussent tombé sitôt, sans ce premier essai.
Philippe l'entreprend. Rouchain voit une armée, Sous l'un et l'autre frère, à vaincre accoutumée. Orange accourt en vain : Bouchain cède à Louis. Tenant presque en ses mains une double victoire,
L'ennemi se retire, envieux de la gloire, Dont ce prince eût comblé tant de faits inouïs. Valenciennes étoit l'écueil de nos guerriers ; Elle avoit arrêté le cours de nos lauriers.
Ses enfants rappeloient de tristes funérailles, Nous montrant nos tombeaux creusés sous leurs murailles. Que les temps sont divers ! Il n'est que notre roi Qui se puisse vanter d'avoir toujours pour soi
La faveur du dieu des batailles. Bientôt cette cité fut soumise à ses lois. Nous pouvions nous venger des pertes d'autrefois : Le soldat renonça de lui-même au pillage ;
Il eut horreur d'un droit acquis à son courage. Ce miracle n'est dû qu'au plus clément des rois. Cambrai portoit son nom aux terres inconnues ; Ses plus fiers ennemis n'osoient en approcher ;
Ils passoient, et ce lieu, plus ferme qu'un rocher, Gardoit un air tranquille et menaçoit les nues. Qu'ont servi ses châteaux, ni leurs cimes chenues ? Ce rempart s'est soumis : c'étoit le seul recours
Que l'Ibère opposoit au cours D'un torrent qui sans doute eût emporté le reste. La paix a suspendu ces rapides efforts. Flandre, ton sort dépend d'un conquérant modeste,
Et non des ligues et des forts. Cambrai résistoit encore : Saint-Omer voit, de ses tours, Le défenseur qu'il implore
Accourir à son secours. On se bat ; le sort chancelle ; Philippe enfin est vainqueur. Louis laisse agir son zèle,
Et sa conduite et son cœur. Saint-Omer se rend ensuite, Et, par tant d'exploits divers, On crut la Flandre réduite,
Et l'Europe et l'univers. Qui ne sait des Gantois les dures destinées, La colère de Charle indigné justement, Et de ces villes mutinées
Le sévère et long châtiment ? Ce sont événements trop marqués dans l'histoire ; Ils ne le sont pas moins dans le cœur des Gantois ; Et l'Espagne avoit lieu de croire
Que Gand ferait des vœux en faveur des François. Ce n'est point ce qui fit incliner la balance ; Le ciel n'entend les vœux des mutins, qu'à regret. Louis força ces murs, mais par sa vigilance,
Par sa valeur, par le secret. La Jalousie aux yeux incessamment ouverts Fut toujours attentive au progrès de nos armes. Près d'Ypres menacée, on vit les champs couverts
D'escadrons accourus sur le bruit des alarmes. L'Anglois avec fierté, l'Espagnol avec larmes, Représentoient à l'univers, Que de l'Europe et des deux mers
Notre prince vouloit régler seul la fortune ; Qu'Ypres prise, la Flandre entière alloit tomber. Ypres, malgré leur plainte aux peuples importune, Ne laisse pas de succomber.
Louis maintient la paix qu'il rappelle ici-bas. Alexandre soupire au sein de la victoire ; Rien ne remplit son cœur, que l'amour des combats ; Malheureux de n'aimer qu'une sorte de gloire,
Il fut grand, il ne fut sage ni modéré. Louis l'est. O toi, chef dont la Grèce se vante, Et vous, dont Rome a vu le mérite adoré, Mânes des deux Césars ! Louis vous représente.
En ce monarque seul on peut tous trois vous voir ; Arbitre de l'Europe, il en fait le partage. Il sait vaincre, régner, maintenir son ouvrage : Le détruire, qui donc en aura le pouvoir ?
Cookies on Poetry Cove