Fabrice, dès longtemps, près d’une belle dame, Tiroit de la poudre aux moineaux ; Et quoiqu’il fit et festins et cadeaux ; L’ingrate cependant se moquoit de sa flamme
Exagérant sa forte passion, L’excès de son ardeur, la grandeur, de sa peine, Il la trouvoit plus inhumaine, Et son amour fournoit à sa confusion,
Un jour enfin, lassé de sa persévérance, Voulant de son amour avoir la récompense, Chez elle il s’en alla pour la pousser à bout, Mais il y rencontra seulement la servante,
Qui, plus douce et plus indulgente, Facilement lui permit tout. Ce doux combat, cette amoureuse lice Plut tant au vigoureux Fabrice,
Qu’il ne manquoit, ou de jour ou de nuit, Sous prétexte de voir son ingrate maîtresse, De faire naître avec adresse Un rendez-vous pour l’amoureux déduit ;
Mais, quoiqu’il eût les yeux à l’erte, L’affaire, par malheur, fut un jour découverte, Et la maîtresse, avec juste raison : « Quoi ! vous venez, ô Fabrice, dit-elle,
Me faire tenir la chandelle Pour vos plaisirs, jusque dans ma maison ! Encore, si cette servante Étoit d’une beauté charmante,
J’excuserois peut-être votre erreur ; Mais une petite souillarde, Une laidron, une bavarde ! Il y va trop de votre honneur ! »
Fabrice, voyant donc qu’on lui chantoit sa gamme, Poussé d’un dépit amoureux. Répondit : « Il est vrai, j’ai failli ; mais, madame, Ne suis-je pas bien malheureux ?
Pour vos beaux yeux je soupire’sans cesse, Sans obtenir une seule caresse, M’avez-vous soulagé même d’un doux regard ? Faisant ce que j’ai fait, l’offense est-elle grande ?
Et ne vaut-il pas mieux se repaître de lard, Que de mourir de faim près d’une bonne viande ? »
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