Du premier Amadis je vous offre l'image.
Il fut doux, gracieux, vaillant, de haut corsage :
J'y trouveras votre air, à tout considérer,
Si quelque chose à vous se pouvoit comparer.
La Victoire pour lui sut étendre ses ailes ;
Mars le fit triompher de tous ses concurrents.
Passa-t-il à l'amour, il eut le cœur des belles :
"Vous vous reconnoissez à ces traits différents.
Nul n'a porté si haut cette double conquête ;
Les deux moitiés du monde ont su vous couronner ;
Et les myrtes qu'Amour vous a fait moissonner
Sont tels, que Jupiter en auroit ceint sa tête.
En vous tout est enchantement.
Plus d'un illustre événement
Rendra chez nos neveux votre histoire incroyable.
Vos beaux faits ont partout tellement éclaté,
Que vous nous réduisez à chercher dans la fable
L'exemple de la vérité.
Voilà, Sire, sur vous quelles sont mes pensées :
Pour vous plaire, Uranie en vers les a tracées.
Quant à moi, dont les chants vous attiroient jadis,
Je dois à votre choix ce sujet d'Amadis ;
Je vous dois son succès, car j'aurois peine à dire
Entre vous et Phébus lequel des deux m'inspire.
Je ne puis, pour m'en ressentir,
Qu'employer à vous divertir
Mes soins, mon art et mon génie,
Et tous les moments de ma vie.
Veuillent dans ce projet m'assister les neuf Sœurs !
Je le trouve assez beau pour donner de l'envie
Aux chantres dont l'Olympe admire les douceurs.