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AU ROI

Jean de La Fontaine

Agréez de mon art les présents ordinaires ; Ne les recevez point en hommages vulgaires, Dans la foule de ceux qu'attire ce séjour : Votre mérite est tel, que tout lui fait la cour.

La déesse aux ailes légères Lui fait partout des tributaires ; Il en vient des portes du jour. C'est de là que partit la belle

Qui préféra Médor au héros de ces vers. Son hymen attira cent monarques divers. L'amante de Paris avoit jadis, comme elle, Intéressé dans sa querelle

Tous les maîtres de l'univers. Le bruit que ces beautés au dieu Mars ont fait faire, N'est rien près des combats qu'il entreprend pour vous. Vos exploits ont rempli l'un et l'autre hémisphère

D'admirateurs et de jaloux. Au milieu des plaisirs d'un triomphe si doux, Plaignez le paladin que mon art vous présente. Son malheur fut d'aimer : quelle âme en est exempte ?

Il suivit à la fin de plus sages conseils : Au lieu de ses amours il servit sa patrie ; Son prince disposa du reste de sa vie. Vous savez mieux qu'aucun employer ses pareils.

Charlemagne vous cède : il vainquit ; mais la suite Détruisit après lui ces grands événements. Maintenant notre empire a, par votre conduite, D'inébranlables fondements.

Ici les Muses sans alarmes Se promènent parmi les bois : Leurs chants en sont plus beaux, aussi bien que leurs voix. Si j'en crois Apollon, les miens ont quelques charmes :

Puissent-ils relâcher tous vos soins désormais ! Vous imposez silence à la fureur des armes ; Goûtez dans nos chansons les douceurs de la paix.

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