Que sont devenus mes beaux jours,
Que, sans chagrin et sans amours,
Mon cœur exempt de l'esclavage,
Toujours libre et toujours volage,
Ne formoit aucun mouvement
Qui pût durer plus d'un moment !
Quand ma maîtresse étoit colère
Ou qu'elle faisoit la sévère,
Sans l'adoucir par ma langueur,
Je la laissois dans son humeur.
Je feignois, pour une autre femme,
D'avoir une nouvelle flamme,
Et, cachant mes vrais sentiments
Par mille faux emportements,
Sous cette légère apparence,
J'ébranlois son indifférence,
Et souvent j'avois le bonheur
De trouver le chemin du cœur.
Quand celle-là faisoit la fière,
Je retournois à la première :
Cent rivaux ne me touchoient pas ;
Partout je trouvois des appas ;
Toujours content, point de tristesse ;
Chaque femme étoit ma maîtresse,
Et, sans me troubler, je l'aimois,
Tant et si peu que je voulois…
Mais hélas ! ce n'est pas de même,
Depuis le temps que je vous aime.