Prince, qui faites les délices Et de l'armée et de la cour, Du vieux soldat et des milices, Et de toute la gent qu'assemble le tambour,
Le bruit de votre maladie A fait trembler pour votre vie. Il n'est pèlerinage où nous n'ayons songé. Que si personne n'a bougé,
C'est que le monarque lui-même Rassura d'abord les esprits ; Et ce qu'il dit vint à Paris Avec une vitesse extrême.
Sans cela tout étoit perdu : Le poëte avoit l'air d'un rendu. Comment ! d'un rendu ? D'un ermite. D'un Santoron, d'un Santena ;
D'un déterré, bref, d'un qui n'a Vu de longtemps plat ni marmite. Il sembloit, à me voir, que je fusse aux abois. Fieubet, auprès de Gros-Rois,
Tient contenance moins contrite, Non qu'il se soit du tout privé Des commodités de la vie ; Même on dit qu'il s'est réservé
Sa cuisine et son écurie, Des gens pour le servir, le nécessaire enfin ; Un peu d'agréable ; et lui fin. Cet exemple est fort bon à suivre :
J'en sais, un meilleur ; c'est de vivre. Car est-ce vivre, à votre avis, Que de fuir toutes compagnies, Plaisants repas, menus devis,
Bon vin, chansonnettes jolies, En un mot, n'avoir goût à rien ? Dites que non, vous direz bien. Je veux de plus qu'on se comporte
Sans faire mal à son prochain ; Qu'on quitte aussi tout mauvais train Je ne l'entends que de la sorte. Tant que votre altesse, seigneur,
Et celle encor du grand prieur, Aurez une santé parfaite, Je renonce à toute retraite. Mais, dès qu'il vous arrivera
Le moindre mal, on me verra Vite à Saint-Germain de la Truite, Frère servant d'un autre ermite. Qui sera l'abbé de Chaulieu.
Sur ce, je vous commande à Dieu.
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