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À M. DE VENDOME

Jean de La Fontaine

Prince, qui faites les délices Et de l'armée et de la cour, Du vieux soldat et des milices, Et de toute la gent qu'assemble le tambour,

Le bruit de votre maladie A fait trembler pour votre vie. Il n'est pèlerinage où nous n'ayons songé. Que si personne n'a bougé,

C'est que le monarque lui-même Rassura d'abord les esprits ; Et ce qu'il dit vint à Paris Avec une vitesse extrême.

Sans cela tout étoit perdu : Le poëte avoit l'air d'un rendu. Comment ! d'un rendu ? D'un ermite. D'un Santoron, d'un Santena ;

D'un déterré, bref, d'un qui n'a Vu de longtemps plat ni marmite. Il sembloit, à me voir, que je fusse aux abois. Fieubet, auprès de Gros-Rois,

Tient contenance moins contrite, Non qu'il se soit du tout privé Des commodités de la vie ; Même on dit qu'il s'est réservé

Sa cuisine et son écurie, Des gens pour le servir, le nécessaire enfin ; Un peu d'agréable ; et lui fin. Cet exemple est fort bon à suivre :

J'en sais, un meilleur ; c'est de vivre. Car est-ce vivre, à votre avis, Que de fuir toutes compagnies, Plaisants repas, menus devis,

Bon vin, chansonnettes jolies, En un mot, n'avoir goût à rien ? Dites que non, vous direz bien. Je veux de plus qu'on se comporte

Sans faire mal à son prochain ; Qu'on quitte aussi tout mauvais train Je ne l'entends que de la sorte. Tant que votre altesse, seigneur,

Et celle encor du grand prieur, Aurez une santé parfaite, Je renonce à toute retraite. Mais, dès qu'il vous arrivera

Le moindre mal, on me verra Vite à Saint-Germain de la Truite, Frère servant d'un autre ermite. Qui sera l'abbé de Chaulieu.

Sur ce, je vous commande à Dieu.

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