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A LA MÊME

Jean de La Fontaine

Je lui trouvai la mine d'un matois : Aussi l'étoit ce prince, dont la vie Doit rarement servir d'exemple aux rois, Et pourroit être en quelques points suivie.

La Beauce avoit jadis des monts en abondance, Comme le reste de la France : De quoi la ville d'Orléans, Pleine de gens heureux, délicats, fainéants,

Qui vouloient marcher à leur aise, Se plaignit, et fit la mauvaise ; Et messieurs les Orléanois Dirent au Sort, tous d'une voix,

Une fois, deux fois et trois fois, Qu'il eût à leur ôter la peine De monter, de descendre, et remonter encor. Quoi ! toujours mont, et jamais plaine !

Faites-nous avoir triple haleine, Jambes de fer, naturel fort, Ou nous donnez une campagne Qui n'ait plus ni mont ni montagne.

Oh ! oh ! leur repartit le Sort, Vous faites les mutins ! et dans toutes les Gaules Je ne vois que vous seuls qui des monts vous plaigniez ! Puisqu'ils vous nuisent à vos pieds,

Vous les aurez sur vos épaules. Lors la Beauce de s'aplanir, De s'égaler, de devenir Un terroir uni comme glace ;

lit bossus de naître en la place, Et monts de déloger des champs. Tout ne put tenir sur les gens : Si bien que la troupe céleste,

Ne sachant que faire du reste, S'en alloit les placer dans le terroir voisin, Lorsque Jupiter dit : Épargnons la Touraine Et le Blésois ; car ce domaine

Doit être un jour à mon cousin : Mettons-les dans le Limousin. Que dirons-nous que fut la Loire Avant que d'être ce qu'elle est ?

Car vous savez qu'en son histoire Notre bon Ovide s'en tait. Fut-ce quelque aimable personne, Quelque reine, quelque amazone,

Quelque nymphe au cœur de rocher, Qu'aucun amant ne sut toucher ? Ces origines sont communes ; C'est pourquoi n'allons point chercher

Les Jupiters et les Neptunes, Ou les dieux Pans qui poursuivoient Toutes les belles qu'ils trouvoient. Laissons là ces métamorphoses,

Et disons ici, s'il vous plaît, Que la Loire étoit ce qu'elle est Dès le commencement des choses. La Loire est donc une rivière

Arrosant un pays favorisé des cieux, Douce, quand il lui plaît, quand il lui plaît, si fière Qu'à peine arrête-t-on son cours impérieux. Elle ravageroit mille moissons fertiles,

Engloutiroit des bourgs, feroit flotter des villes, Détruiroit tout en une nuit : Il ne faudroit qu'une journée Pour lui voir entraîner le fruit

De tout le labeur d'une année, Si le long de ses bords n'étoit une levée Qu'on entretient soigneusement. Dès lors qu'un endroit se dément,

On le rétablit tout à l'heure ; La moindre brèche n'y demeure Sans qu'on y touche incessamment : Et pour cet entretènement,

Unique obstacle à tels ravages, Chacun a son département, Communautés, bourgs et villages. Vous croyez bien qu'étant sur ses rivages,

Nos gens et moi nous ne manquâmes pas De promener à l'entour notre vue : J'y rencontrai de si charmants appas Que j'en ai l'âme encore tout émue.

Coteaux riants y sont des deux côtés : Coteaux non pas si voisins de la nue Qu'en Limousin, mais coteaux enchantés, Belles maisons, beaux parcs et bien plantés,

Prés verdoyants dont ce pays abonde, Vignes et bois, tant de diversités, Qu'on croit d'abord être en un autre monde. Mais le plus bel objet, c'est la Loire sans doute :

On la voit rarement s'écarter de sa route ; Elle a peu de replis dans son cours mesuré : Ce n'est pas un ruisseau qui serpente en un pré ; C'est la fille d'Amphitrite ;

C'est elle dont le mérite, Le nom, la gloire et les bords, Sont dignes de ces provinces Qu'entre tous leurs plus grands trésors

Ont toujours placé nos princes. Elle répand son cristal Avec magnificence ; Et le jardin de la France

Méritait un tel canal.

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