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A CLYMÈNE

Jean de La Fontaine

Ah ! Clymène, j'ai cru vos yeux trop de léger ; Un seul mot les a fait de langage changer. Mon amour vous déplaît ; je vous nuis, je vous gêne : Que ne me laissiez-vous dissimuler ma peine ?

Ne pouvois-je mourir sans que l'on sût pourquoi ? Vouliez-vous qu'un rival pût triompher de moi ? Tandis qu'en vous voyant il goûte des délices, Vous le rendez heureux encor par mes supplices :

Il en jouit, Clymène, et vous y consentez ! Vos regards et mes jours par lui seront comptés ! J'ose à peine vous voir ; il vous parle à toute heure ! Honte, dépit, amour, quand faut-il que je meure ?

Hélas ! étois-je né pour un si triste sort ? Sont-ce là les plaisirs qui m'attendoient encor ? Vous me deviez, Clymène, une autre destinée. Mais, puisque mon ardeur est par vous condamnée,

Le jour m'est ennuyeux, le jour ne m'est plus rien. Qui me consolera ? je fuis tout entretien ; Mon cœur veut s'occuper sans relâche à sa flamme. Voilà comme on vous sert ; on n'a que vous dans l'âme.

Devant que sur vos traits j'eusse porté les yeux, Je puis dire que tout me rioit sous les cieux. Je n'importunois pas au moins par mes services ; Pour moi le monde entier étoit plein de délices :

J'étois touché des fleurs, des doux sons, des beaux jours ; Mes amis me cherchoient, et parfois mes amours. Que si j'eusse voulu leur donner de la gloire, Phébus m'aimoit assez pour avoir lieu de croire

Qu'il n'eût en ce moment osé se démentir. Je ne l'invoque plus que pour vous divertir. Tous ces biens que j'ai dits n'ont plus pour moi de charmes Vous ne m'avez laissé que l'usage des larmes ;

Encor me prive-t-on du triste reconfort. D'en arroser les mains qui me donnent la mort. Adieu plaisirs, honneurs, louange bien-aimée ; Que me sert le vain bruit d'un peu de renommée ?

J'y renonce à présent ; ces biens ne m'étoient doux Qu'autant qu'ils me pouvoient rendre digne de vous. Je respire à regret ; l'âme m'est inutile. J'aimerois autant être une cendre infertile

Que d'enfermer un cœur par vos traits méprisé Clymène, il m'est nouveau de le voir refusé. Hier encor, ne pouvant maîtriser mon courage, Je dis sans y penser : Tout changement soulage,

Amour, viens me guérir par un autre tourment. Non, ne viens pas, Amour, dis-je au même moment ; Ma cruelle me plaît. Vois ses yeux et sa bouche. O dieu ! qu'elle a d'appas ! qu'elle plaît ! qu'elle touche !

Dis-moi s'il fut jamais rien d'égal dans ta cour. Ma cruelle me plaît ; non, ne viens pas, Amour. Ainsi je m'abandonne au charme qui me lie : Les nœuds n'en finiront qu'avec ceux de ma vie.

Puissent tous les malheurs s'assembler contre moi Plutôt que je vous manque un seul moment de foi ! Comme ai-je pu tomber dans une autre pensée ? Un premier mouvement vous a donc offensée ?

Punissez-moi, Clymène, et vengez vos appas ; Avancez, s'il se peut, l'heure de mon trépas. Lorsque je vous rendis ma dernière visite, Votre accueil parut froid, vous fûtes interdite.

Clymène, assurément mon amour vous déplaît : Pourquoi donc de ma mort retardez-vous l'arrêt ? Faut-il longtemps souffrir pour l'honneur de vos charmes ? Eh bien ! j'en suis content ; baignez-vous dans mes larmes ;

Je suis à vous, Clymène : heureux si quelque jour Je vous plais par ma mort plus que par mon amour !

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