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1825

La nation hollandaise

Jan Frederik Helmers

Page 228, vers 16.

Des Hallers et des Kleists la voix pure et facile.

Tous ces auteurs cités par Helmers out tiré la Germanie des ténèbres où elle était plongée. Wieland, Goëthe, Klopstock, Schiller ont illustré leur patrie par leurs écrits. Depuis l'épopée jusqu'à la simple ballade, leurs oeuvres brillent des éclairs du génie. Madame de Staël, dans son livre sur l'Allemagne, est peutêtre un peu trop enthousiaste; mais elle aimait à venger ces poètes des injustes préjugés qui avaient si long-temps interdit en France l'entrée de la littérature allemande. Comme poète et comme historien, Schiller s'est acquis une réputation que la postérité la plus sévère ne lui disputera pas. Ses poésies fugitives sont les délassemens d'un talent d'un ordre supérieur: on y retrouve partout ce profond sentiment que la plupart des poètes de la Germanie ont su répandre dans leurs compositions. Je citerai pour exemple la Fille infanticide, qui, lors de sa publication, eut un succès populaire dans toute l'Allemagne. Cette pièce a séduit plusieurs traducteurs. J'ai moi-même tenté d'en faire passer les beautés dans la langue française, et des juges compétens ont bien voulu accueillir mon travail avec indulgence. Voici la pièce: le lecteur jugera.

La fille infanticide. L'airain a retenti! voici l'heure fatale. Dé'jà je crois entendre une voix sépulcrale; Elle vient m'avertir de marcher à la mort; O mon Dieu! j'obéis et je remplis mon sort.

Toi, que je vais quitter, monde ingrat et perfide, Tu versas dans mon sein ton poison homicide; Hélas! tu m'as ouvert un abîme de maux; J'y suis tombée! Adieu; la mort lève sa faulx. Des plaisirs de la vie, ô souvenir funeste! O regrets! un cercueil, voilà ce qui me reste! Douces illusions, qui séduisez les coeurs, Adieu! j'ai payé cher vos perfides faveurs, Et le souffle du crime, étouffant ma tendresse, A flétri pour jamais ma coupable jeunesse. L'amour m'avait promis le destin le plus beau: L'aurore de ma vie éclaire mon tombeau!

De myrtes et de fleurs la tête couronnée, A jouir d'heureux jours je semblais destinée. De la tendre innocence aimables ornemens, Les roses et les lis paraient mes vêtemens. Hélas! le crêpe noir couvre ma chevelure, Et la robe de deuil remplace ma parure! Vous, qui de la vertu suivez l'austère loi, Apprenez mes erreurs et frémissez d'effroi. Ne me refusez pas des larmes indulgentes; Pleurez, pleurez mon sort, ô vierges innocentes! Louise est bien coupable... Un lâche séducteur D'une âme trop sensible a causé le malheur; Louise a tout perdu, plaisirs, honneur, tendresse! Alexis! j'écoutai ta perfide promesse; Tu fis naître l'amour en mon coeur combattu, Et dans tes bras vainqueurs j'oubliai la vertu. Ah! peut-être, au moment où je marche au supplice, Près d'une autre, employant la ruse et l'artifice, Tu jures à ses pieds un éternel amour; Peut-être, quand mes yeux vont se fermer au jour, Quand mon sang va couler sur la pierre fumante, Tu reçois les baisers de ta nouvelle amante! Après tant de forfaits, redoute mon trépas. Que mon ombre te suive et s'attache à tes pas! Que le glas de la mort, que les cloches funèbres Retentissent pour toi dans l'horreur des ténèbres! Et lorsque la beauté qui croit à tes sermens, Se livrera sans crainte à tes embrassemens, Qu'un serpent de l'enfer dont tu seras la proie,

Au milieu des plaisirs empoisonne ta joie! Auteur de tous mes maux, as-tu plaint mes douleurs? Eh quoi! ni cet enfant, ni ton épouse en pleurs, Rien n'a pu te toucher! homme ingrat et barbare! Quel infâme destin ton amour me prépare! Mourir sur l'échafaud.... Tu me fuis sans pitié, Lorsque pour toi, cruel, j'ai tout sacrifié!

Ton enfant reposait sur le sein de sa mère, Ses regards caressans consolaient ma misère; Mais tandis que ses traits respiraient le bonheur, L'amour, le désespoir se disputaient mon coeur. Son innocente voix me demandait son père; Et moi, triste, livrée à ma douleur amère, De cet infortuné dévoilant l'avenir, En détournant les yeux j'étouffais un soupir! ‘Malheureux orphelin, ton père t'abandonne. Un jour, si le mépris, la honte t'environne, Si ton nom est couvert d'un cruel déshonneur, Tu maudiras ta mère et son vil séducteur! Ta mère! quels tourmens s'élèvent en mon âme! Le monde me rejette et l'enfer me réclame. Oui, les voilà ces traits que je devrais haïr.... Il m'appelle; il sourit!... Douloureux souvenir! Seule, dans le silence, interdite, éperdue, Je n'ose contempler cet aspect qui me tue. Odieux Alexis, je ne dois plus te voir... Ah! mon coeur, autrefois bercé d'un doux espoir, De tes embrassemens goûtait en paix les charmes;

Maintenant égaré, noyé d'armères larmes, Pour prix de tant d'amour, du plus tendre serment, L'implacable remords est son seul aliment...’ Ici, le désespoir m'a montré ta victime; J'ai frappé mon enfant..... J'ai consommé ton crime. Alexis! je me meurs... Ne crois pas m'échapper. Dans une horrible nuit je veux t'envelopper; Spectre pâle et hideux, ta malheureuse amante T'offrira de ton fils la blessure sanglante, Et le jour de ta mort, vengeur d'un crime affreux, Ton fils, armé d'un fer, t'interdira les cieux!... Là, baigné dans son sang répandu par sa mère, Il était à mes pieds: sa mourante paupière S'ouvrait par intervalle et se tournait vers moi. Mes yeux le regardaient avec un morne effroi. Toute ma vie, hélas! fuyait avec la sienne!.....

Mais qu'entends-je? grand Dieu! que ta main me soutienne! C'est la voix des bourreaux... On m'entraîne à la mort. Eh bien! qu'attendez-vous? j'y cours avec transport. La mort, oui la mort seule est mon dernier refuge, Et mon coupable coeur approche de son juge. O toi, qui m'as plongée en ce gouffre d'erreurs, Infidèle Alexis! au moment où je meurs, Je te pardonne. Et vous, mes compagnes chéries, Plaignez-moi; de l'amour craignez les perfidies. Juste ciel! l'échafaud..... Je t'implore, ô mon Dieu! Alexis, c'en est fait: la mort m'appelle... Adieu!...

Elle dit: le bourreau saisi de tant de charmes, Dans ses yeux attendris sentit rouler des larmes, Attacha tout tremblant le funeste bandeau, Et d'un bras incertain fit tomber le couteau. Ainsi languit et meurt, sur sa tige penchée, Une fleur du printemps que le fer a touchée!

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