Page 190, vers 21.
Voyez cet exilé de la belle Helvétie.
J'avais traduit ce passage, lorsque je me rappelai que Delille avait chanté ce patriotisme des habitans des rochers helvétiques, dans son poème de l'Imagination. Il paraîtrait d'abord que Helmers a imité cet endroit; mais d'autres poètes ont aussi exprimé les mêmes idées: les auteurs doivent nécessairement se rencontrer quand ils peignent la nature. Les vers de Helmers sont pleins desensibilité. Voici ceux de Delille:
‘Mais voyez l'habitant des rochers helvétiques: A-t-il quitté ces lieux tourmentés par les vents, Hérissés de frimas, sillonnés de torrens? Dans les plus doux climats, dans leurs molles délices, Il regrette ses lacs, ses rocs, ses précipices, Et comme, en le frappant d'une sévère main, La mère sent son fils se presser sur son sein, Leurs horreurs même en lui gravent mieux leur image; Et, lorsque la victoire appelle son courage, Si le fifre imprudent fait entendre ces airs Si doux à son oreille, à son âme si chers,
C'en est fait, il répand d'involontaires larmes; Ses cascades, ses rocs, ses sites pleins de charmes, S'offrent à sa pensée: adieu, gloire, drapeaux, Il vole à ses chalets, il vole à ses troupeaux, Et ne s'arrête pas, que son âme attendrie De loin n'ait vu ses monts et senti sa patrie: Tant le doux souvenir embellit le désert!’
‘Aucun peuple dans l'Europe moderne, ajoute Delille dans ses notes, n'a porté plus loin que les Suisses cette espèce de patriotisme qui ne permet pas de trouver le bonheur loin du sol natal; chez eux, ce sentiment ne s'éteint jamais, et la plus légère circonstance le réveille avec une violence irrésistible. Dans les régimens suisses qui sont au service des puissances étrangères, en France, en Espagne, en Hollande, même sous le beau ciel de Naples et sur les rives pittoresques des Deux-Siciles, une chanson, des airs communément appelés Ranz des vaches, que les laitières suisses chantent en allant à leurs pâturages, suffisent pour attendrir le soldat et l'entraîner à la désertion; aussi est-il sévèrement défendu de les jouer. Ces hommes simples et fidèles ne résistent pas au souvenir de leurs montagnes, asile long-temps inviolable de la paix, des moeurs et de la liberté.’
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