Que les marys ne sojent pas trop rigoureux, mesmement nouveaux mariez. Il est par mesmes decent conseil au nouveau marié de n'estre rude, ny mal gracieux envers sa femme, partant que jamais ils n'auront paix ensemble, si la femme n'apprend à se taire, & le marj ne veut aucunement dissimuler: car autrement semblera plustost maison de fols, que de gens bien arrestez, celle là ouù le marj a faute de prudence, & où la femme n'a point de patience, & si avec le temps faudra que chacun face son menage à part ou bien aura tous les jours nouveaux debats. Et parce estant les femmes de leur nature fragiles, & de complexion foible, doivent à ces fins les marjs tolerer leurs fautes & dissimuler leurs negligences: tellement que s'ils leur parlent une fois avec rigueur, ils leur doivent parler cent avec douceur. Que si on plaint l'homme qui a femme forte ou mauvaise, à plus forte raison doit on avoir compassion plus grande de la femme qui a un marj rigoureux: mesme qu'il y en a aucunes qui ont des marjs si choierez & si inconsiderez, qu'aux pauvres femmes ne leur suffit diligence pour les servir, ny patience pour les souffrir. Il est certain que par fois pour amour des enfans, ores pour les serviteurs, ou possible pour faute d'argent, ne se peut faire que le marj & la femme n'ajent par fois quelque propos ou fascherie ensemble: mais en celà, aufsi bien qu'en toute la reste, faut que le marj se monstre prudent, vojant sa fenme en sa colere, luy faisant changer de propos & re-mettant tout cela qu'elle dict à rire, luy disant aussi qu'elle en a trop de raison, ou autrement ne luy rien respondre. Car si toutesfois & quantes que la femme se courrouce au marj, ou elle forme quelque plaincte à l'encontre de luy, il veut à tout respondre, & en celà satisfaire, ne luy suffira la force de Samson, ny la sagesse de Salomon. Prens donc garde, marj, à ce que je veux dire: c'est que ou ta femme est sage, ou elle est folle; si est folle, tes efforts seront pour neant, mais si elle est sage, te suffise seulement luy dire une parolle mal-gracieuse, sans passer plus avant: Car tu dois entendre, mon amy, que si la femme ne se corrige par ce qu'on luy dit, elle ne s'amendera jamais par courroux, ou chastiment qu'on luy face. Donc quand la femme est fort en sa colere, l'on doit pour lors dissimuler, comme dict est, ou passer cela comme celuy qui n'en faict compte, & le courroux appaise, l'on pourra lors luy remonstrer, & la reprendre s'il est besoing. Car si elle perd une fois la honte ou la craincte a l'endroict de son marj, à toutes heures elle foudroyera la maison de cris, & à ceste cause celuy qui s'estimera sage, & qui voudra estre appellé bon marj, doit plus user avec sa femme de prudence, que de rigueur ou force, cognoissant mesmement que la femme est de telle nature, qu'au bout de trente ans qu'elle aura esté avec son marj, il trouvera tous les jours en elle de nouvelles fantasies, & differentes façons de faire. Et par ainsi en tout temps le marj doit obuier aux fascheries & ennuis entre luy & sa femme, & principalement estant nouveau marié. Par ce que si du commencement la femme le commence à haïr, tard ou jamais elle l'aymera. Doncques, pour couper chemin à toutes ces fatigues, le sage marj flattera, & rendra amoureuse de soy sa femme, pource que si du commencement ils se portent reciproque amitie, & s'accordent & obtemperent l'un à l'autre, bien que par apres its viennent à se courroucer, ce sera pour nouvelle occasion, & non pas pour vieille haine. Autrement estant l'amour & l'inimitié tant mortels ennemis, le premier d'eux qui prendra le coeur à logis, il demeurera la hoste toute sa vie: si que les premier amours se pourront de là personne esloigner, mais non pas du coeur oublier. Et pour ce si du commencement la nouvelle mariée prend le frein aux dents à haïr son marj, je luy promets mauvaise vie, & à luy prou peine: car si l'un a le pouvoir de se faire craindre,
si ne l'aura il pas aussi de se faire aymer. Il y a beaucoup de maris qui se vantent, en disant qu'ils sont crains & servis en leurs maisons, ausquels je porte plus de pitie, que d'envie, parce que service faict par crainte, ou par feinte, n'est jamais tel que celuy qui est faict de volonté. Au moyen dequoy doit beaucoup travailler le marj d'estre en la bonne grace de sa femme, & beaucoup plus la femme de se faire aymer de son marj. Donc pour journée si longue & charge si penible comme celle du mariage, ne se doit pas seulement contenter le marj d'avoir eu seulement le pucelage de sa femme, mais par mesmes doit tascher à luy desrober sa volonté: parce qu'il ne suffit pas qu'ils sojent mariez, mais faut adjouster encor ce mot de bien mariez, & bien contens. Or le marj qui n'est aymé de sa femme il aura son bien en danger, sa maison en soupçon, son honneur en peril, & sa vie en doubtance: estant aysé à croire que celle là, ne desirera longue vie à son marj, elle l'ayant avec luy mauvaise.
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