Que les maris ayent soing de pourveoir à ce qui est neceßaire en leurs maisons. Il est pareillement conseil fort utile, que les marjs sojent soigneux & vigilans de faire provision de ce qu'il est besoing & necessaire en leur maison. Bien est vray qu'es choses de volonté, l'on se pourroit oublier, mais en celles qui sont de necessité, ne se soufre pas estre nonchalant, ou peu soucieux. Parce que l'office du marj est de gaigner & amasser le bien, & celuy de la femme de garder la maison. L'Office du marj est de chercher argent, & celuy de la femme de le garder. L'Office du marj est d'estre zelateur de l'honneur, & celuy de la femme de se priser d'estre honneste. L'Office du marj est d'estre liberal, & celuy de la femme est d'estre chiche: L'Office du marj est de bien parler, & celuy de la femme d'apprendre à se taire: L'Office du marj est de s'abiller comme il pourra, & celuy de la femme comme elle doit: L'Office du marj est d'estre Seigneur de tout, & celuy de la femme de rendre compte de tout: L'Office du marj est de despecher & donner ordre à ce qui est de la porte en dehors, & celuy de la femme de se soigner à ce qui est au dedans de la maison. Finalement je dy que l'office du marj est faire valoir son bien, & celuy de la femme gouverner la famille: I'ay voulu dire toutes ces conditions, afin de donner à entendre qu'à la maison, où un chacun fait son office, nous l'appellons religion, & celle où chacun fait à sa guise, se nommera Enfer. Que la femme demande à son marj choses superflues, & de grand coustange, ny elle les lay doit demander, ny luy les luy doit donner: mais si elle luy demande choses honnestes & necessaires pour elle, ou pour sa maison, il ne les luy doit aucunement refuser: autrement le marj doit tenir pour certain que les gages de son honneur, possible elle fera provision de ce qui luy est necessaire pour elle, & pour sa maison. Et pource le marj, qui ne donne à sa femme pour avoir la Robbe, la Cotte, Souliers, les Chausses, & Chaperon, & moins pour habiller ses enfans, ny payer ses chambrieres, & que de tout cecy il la veoit meilleurée, & pourveuë, il doit lors penser qu'elle aura plustost gaigné cela à trotter, qu'à filler. O cõbien y a-il de femmes, qui s'esgarent, & desbauchent, non pas par le
desir qu'elles ont de ce faire, ains par ce que leurs marjs ne leur donnent ce qui leur est necessaire, & à ceste cause à change de chasteté, elles supplient à leur extreme necessité. Et par ce doit croire le marj, que pour entretenir maison, & train, n'est pas suffisant à la femme de filler, tistre, & ouvrer, & veiller, mais il faut aussi par le semblable que le marj travaille. Autrement qu'il s'asseure que la provision de sa maison se fera aux despens de son honneur, & cousts de la personne de sa femme. Toutes-fois pour pauvreté, necessité niautrement, la femme ne doit jamais faire chose, qui porte deshonneur à son marj, ny à elle. Donc adjoustant encore ce mot à ce qui a esté predit, tournay à dire, que la nonchalance du marj donne souvent occasion d'estre la femme avec luy absoluë, & je ne sçay avec quel visage, ny moins de quel coeur ose le marj courroucer, ny battre sa femme, ne mettant jamais la main à la bourse pour alimenter sa maison. Le marj donc qui conformement à son estat alimente sa famine, & entretient sa maison, à juste & raisonnable cause se pourra courouçer des nonchalances & negligences de sa femme, autrement ayant faute en cecy, faudra qu'il face l'oreille sourde de ce qu'il orra, & qu'il dissimule de ce qu'il pensera & qu'il endure ce qu'il verra.
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