Que la femme mariée ne soit superbe, ny querelleuse. C'est de mesmes conseil tressain à la femme mariée de n'estre point fiere n'y orgueilleuse, ains douce & humaine. Pour ce que ces deux choses aneantissent & endommagent fort une femme: à sçavoir le trop parler, & ne vouloir rien endurer. Dont au contraire si elle sçait se taire, sera de tous estimée, & si elle souffre, sera du marj aymée: O combien grande mal-adventure prend avec soy l'homme qui espouse femme fiere! Par ce qu'il ne sort tant de feu du mont Etna, qu'elle jettera de venin par sa bouche. Parquoy sans comparaison est plus à craindre le courroux de la femme, que l'ire de l'homme: veu que l'homme coleré seulement se courrouçera, & la femme irritée en se courrouçant vous descrie, & deshonnore. Et à ceste cause l'homme prudent & femme d'honneur ne doivent aucunement se prendre avec une femme, quand elle est en sa furie. Pour ce que dés l'heure qu'elle aura alumé sa colere, dira non seulement ce qu'aura veu, mais de mesmes tout ce qu'aura ouy, & encores ce que elle aura songé. Et si sera le passetemps que lors qu'elle-est ainsi irritée, ny elle se oyt, ny entend les autres, ny admet excuse, ny dissimule de personne: ny veut prendre conseil, ny par mesmes se joindre à raison: & le pis est, que maintes-fois elle laissera ceux avec qui elle avoit question, & se plaindra de celuy qui vouloit estre mediateur: tellement que la voulant mettre d'appointement, seulement elle ne luy sçaura gré, ains formera contre luy plusieurs plainctes: disant, que s'il fut esté tel: quelle pensoit il la devoit ayder à crier, & prendre la querelle pour la venger. Donc la femme, qui de sa nature est superbe, ne pense jamais se courroucer sans occasion. Parquoy mieux vaut la laisser que la resister. Or je trouve à ratifier mon dire que la maison, où la femme est querelleuse, aura maladventure, elle estant à toutes heures preste à se courroucer, & jamais à se cognoistre. Qui me donne aussi occasion de dire, que telle femme est dangereuse: veu que par ce moyen elle fasche souvent son marj, scandalise ses parens, se fait mal vouloir de ses beaux freres, & scandalise ses voysins, & si est possible cause, que le marj luy mesure le corps avec les pieds, & luy pigne les cheveux avec les doigts. A femme furieuse & chagrineuse d'une part ce sera un plaisir de la veoir, & d'autre fascherie, la ouyr: car si elle rencontre une procession de gens, elle leur dira une letanie d'injures: si que au marj dira qu'il est nonchalant, aux serviteurs qu'ils sont paresseux, aux chambrieres qu'elles sont salles, aux enfans qu'ils sont chats, aux filles, qu'elles sont affectées, aux amys qu'ils sont ingrats, aux voisins qu'ils sont malicieux, & aux voysines, envieuses, & si pour refrein de la Balade dira qu'il
n'y a homme qui à un autre die verité, ny qui à sa femme garde loyauté, & je veux mentir, si je n'ay veu separer deux honorables mariez, non pour autre occasion, que par ce que le marj se contristoit à la table, & souspiroit au lict, & par celle cause elle disoit qu'il machinoit quelque trahison à la table à l'encontre d'elle, & que pour l'amour de quelque belle Dame souspiroit au lict: Dont sçeue la verité de ce faict, c'estoit parce qu'il estoit caution pour un sien amy d'une grande somme, & il en avoit ouy mauvaises nouvelles: suffisant mojen pour estre bien fasché. Toutes-fois je fis tant par mes pas que je les accointay, m'ayant le marj premier promis & juré de dissimuler ses fatigues, ne se contristant plus à table, ny souspirant au lict. Or donc la femme qui voudra endurer & estre pacifique, elle sera aymée de son marj, bien servie des serviteurs, honnorée des voysins & reverée de ses beaux freres, où autrement se pourra tenir asseurée, que tout le monde fuira sa maison, & blasonnera de sa langue. Pource qu'avec la femme malicieuse, le marj prendra bien peu de goust, bien qu'elle soit en sang genereuse, belle de face, riche de biens, & adroicte en sa maison, ains il maudira plustost le jour qu'il l'espousa, & si blasphemera le premier qui de ce faict luy parla.
Cookies on Poetry Cove