Que la femme doit estre honteuse, & non languarde. Il est par mesmes louable conseil, & cõseil tres-necessaire à l'homme, qui se veut marier, & entretenir maison, de prendre femme qui soit honteuse: car n'ayant point d'autre vertu, de ceste-cy doit elle estre du moins contrainte, ornée & prouvée: pour ce que maintes & maintes fautes excusons nous en une femme honteuse, mais en celle qui est cause & effrontée, soit bonne, si la soupçonnous avoir plusieurs imperfections, & que un chascun die ce qu'il voudra: car quant à moy je tiens pour certain qu'en une femme honteuse il y a peu à rependre, & en celle qui est affrontée il n'y a rien à louër. La forteresse & defence que nature a donné à une femme pour defendre sa reputation, sa chasteté, & son honneur, ç'a esté la honte, de laquelle le jour qu'elle n'en tiendra compte, je la donne à tout jamais pour perdue. Et par ce quand l'on voudra prendre femme, on se doit en premier lieu enquerir, non point tant si elle est riche, ains plustost si elle est honteuse: veu que le bien se peut tous les jours recouvrer, & la honte ne se recouvrera jamais en la femme dés qu'elle l'aura perdue. De maniere que le meilleur douaire, le meilleur heritage, & le meilleur joyau qu'une femme peut avoir, est d'estre honteuse.
Or c'est le bon de ce que aucunes femmes se prisent d'estre languardes, & mocqueuses, lequel office je ne voudroye point leur veoir apprendre, ny moins exercer: par ce que propos deshonnestes, moqueries, & gaudisseries non seulement la femme d'honneur doit avoir honte de les proferer, & encores plus de les escouter. Parquoy la femme grave, & d'authorité ne se doibt priser d'un tel meuble, ains plustost elle se doit estimer de son honnesteté, & de sa prudence: car si elle s'addonne une fois à gaudir, ceux là mesmes, qui ont rit du petit mot, se moqueront en apres de l'autheur d'iceluy: veu mesmement que l'honneur des femmes est si delicat, que plusieus choses que les hommes avec liberté peuvent dire, & faire, à elles ne leur est permis tant seulement de le penser, & encores moins d'en parler. Et partant les dames qui veuillent entretenir leur gravité, doyvent non seulement taire les choses illicites, mais aussi bien les necessaires, n'y estant fort requises: considerant en mesmes que la femme ne faudra jamais si elle se veut taire, & si pour moins valoir pour s'avancer à parler. O pauvre marj, à qui le sort a donné femme libre de parolles, ou quaqueteuse! car si une foïs telle femme commence à se plaindre, jamais ne admettra propos quon luy die, ny raison qu'on luy donnera. Et à ceste cause advient en plusieurs maisons que les fascheries & ennuys, que les femmes ont avec leurs marys, ne sont par adventure tant par la faute de leurs personnes, comme pour la liberté de leurs lan-gues, & par ainsi si la femme vouloit se taire, quand le marj commence à se courroucer, jamais le marj n'auroit mauvais disner: ny elle possible pire souper: ce qui se pratique souvent: car l'heure que le marj commencera à gronder, elle commencera à crier, suffisant moyen pour venir au poil, & pour appeller les voysins.
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