Que les Marys ne doivent pas estre trop jaloux. Il est pareillement conseil raisonnable que les maris se donnent garde d'estre avec leurs voisins malicieux, & de leurs femmes trop jaloux. Deux manieres d'hommes voit on le plus souvent estre jaloux, sçavoir est ceux qui sont de mauvaise complexion, & ceux qui en leurs jeunesses sont esté bons compaignons: lesquels imaginent & impriment en leur fantasie que leurs femmes leur feront autant, estant avec eux qu'ils ont faict avec les femmes des autres: ce qui est grand resuerie à eux de penser, & tresgrande folie le vouloir dire. Car jaçoit qu'il y ait aucune femme dissoluë, si y a il aussi d'autre part beaucoup qui sont honestes & vertueuses. Or dire que toutes les femmes sont bonnes, c'est propos d'affection, dire aussi que toutes sojent mauvaises, ce seroit faute de raison. Faut donc ainsi parler, qu'entre les hommes il y a beaucoup à reprendre, & aux femmes se treuve tousiours quelque chose à louer. Ie ne trouve pas mauvais conseil pour la femme qui est mauvaise, ou legere de teste, de la reduire à raison, & luy oster toute occasion: toutes-fois avec ce je n'entens pas que sous couleur de la garder, luy donnent mojen ou occasion de se desesperer: Nous ne scaurions nier qu'il n'y ait des femmes de si mauvaise nature, & de tant deshonneste inclination, lesquelles ne se veulent amender par raison qu'on leur propose, ny pour bien qu'on leur face, & moins par punition qu'on leur donne, ains plustost semble veoir qu'elles sojent nées en ce monde pour deshonnorer leurs marys, & pour faire honte à ses parens. Et par le contraire trouvera l'on plusieurs autres femmes lesquelles de leur propre nature sont de si bonne, chaste & gentile inclination, qu'on jugeroit pour vray qu'elles ont esté nées par exemplaire & miroir de toute la Republique, & pour l'honneur de toute sa lignée.
Or donc si le marj a quelque soupçon de sa femme, il doit monstrer cautement qu'il se fie plus de sa preud'homie, que de la garde qu'il pourroit faire: luy ostant toutesfois les occasions, & soupçonneuses compaignies, & ne luy monstrant de parolles, ny de faict qu'il est si jaloux: Car les femmes sont de telle nature, qu'il n'y a choses qu'elles ayment & desirent plus avoir que ce qu'on l[e]ur deffend: joint aussi que si une femme se sent une fois deshon[no]rée, elle cherchera tous les mojens qui luy seront possibles, pour faire vray ce dont le marj en est par trop soupçonneux, & ce non point tant pour la volonté, ou desir qu'elle aura de mal faire, ains pour se voir de sondict marj vengée. Doncques ny la force de Samson, ny le sçavoir d'Homere, ny la prudence d'Auguste, ny les cautelles de Pyrrhus, ny la patience de Iob, ny la sagacité d'Annibal, ny les veilles d'Hermogenes, ne fuffirojent point à assujectir une femme à vostre vouloir, si une fois elle â entrepris le contraire. Car il n'y a en ce monde si grande force, qui face une femme estre bonne par force. Et à ceste cause les negligences, & fautes, qu'un marj cognoistra en sa femme, ne sera sage de les publier, & incontinent les chastier, mais plustost doit corriger les unes, remonstrer les autres, & dissimuler la plus grand part: car pour sage & patience que soit une femme, deux choses seules elle ne sçauroit endurer, à sçavoir qu'on l'ayt en estime de femme moins que chaste, & d'estre appellée layde. Par ce si qu'elle est dissolue, elle veut estre estimée vertueuse, & estant layde, veut estre au rang des belles. Soit doncques la conclusion, que quand le marj verra, & cognoistra ces qualitez en sa femme, sçavoir est: qu'elle craint deshonneur, & fuyt occasions, & soupçonneuses compaignies, & par mesmes qu'elle met à point son bien. Suis de c'est aduis, & conseil, que le marj ne la traicte comme homme jaloux, & si ne luy parle comme malicieux. Par ce qu'elle aura grande obligation d'estre bonne & vertueuse, vojant que son marj fait de grande confiance d'elle.
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