Que la femme soit plus solitaire que trop compaignable. Il est aussi salutaire conseil, que la femme se prise d'estre honneste, & s'estime de sa solitude: car de vouloir les femmes estre dedans ses maisons absolues, viennent apres à estre par les places dissolues. Et par ainsi la femme d'honneur & de bien doit avoir esgard à ce qu'elle dit, & se donner garde à ce quelle fait. Pource que autrement ne voulant faire cas des parolles, elle viendra facilement à cheoir aux faits: attendu, que pour simple que soit un homme, il cognoistra estre plus subject à calumnier l'honnèur des femmes, que celuy des hommes: car pour obscursir l'un, besoing est de grande raison, & pour assoupir l'autre, suffit la seule occasion. Celle donc qui est sage, & s'estime honneste, qu'elle tienne pour certain, que d'autant qu'elle sera en plus grande reputation, elle doit avoir de soy moindre confiance: je dy moindre confiance, à fin qu'elle n'ose ouyr parolles legieres, ny vueille admettre promesses faintes. Et partant qu'une femme s'estime tant qu'elle voudra, & se prise tant que luy plaira, que celle qui preste l'oreille, & prend plaisir estre festiée, tard ou de bonne heure elle tresbuchera. Et si vous me dites qu'elle ne fait cela que pour passer le temps, ou bien pour se jouer: à cecy vous responds-je, que de semblables yeux demeurent elles bien trompées. Or j'advise & conseille à toutes dames d'honneur de quelque estat ou condition qu'elles soyent, qu'elles n'osent sous tiltre de cousin, ou nepueu, ou autre alliance se fier trop: car si elle craint en se confiant de l'estrangier de ce que pourroit estre fait, elle doit de mesmes du parent avoir paour de ce que l'on pourroit bien dire. Qu'elle ne se fie aussi soubs couleur que le parentage ou alliance est trop grande entre eux, & que par ce moyen sera ostée toute inique pensée de luy ou d'elle: Parce que si la malice humaine s'advance à juger des pensemens, ne sera pas facile à croire que vueil le celer ce que verra à l'oeil. Les dames qui liront, ou orront ce-ste mienne escriture, je veux qu'elles notent ce mot: C'est que l'homme, pour estre homme de bien, luy suffit d'estre bon, combien qu'il ne le monstre à l'apparence. Dont à la femme pour estre femme de bien, ne suffit qu'elle le soit, mais faut qu'elle monstre par escrit. Et si faut aussi qu'elle pense une, deux, & trois fois, & qu'elle imprime en son cerveau que ainsi comme la provision de la maison depend du marj, aussi l'honneur de tous deux depend de la femme. Si que tu n'auras d'advantage d'honneur devant ta maison, que ta femme en pourra avoir de sa part. Ie n'entends pas toutes-fois appeller femme d'honneur celle, qui est extraite de noble lignée, de belle presence, ou grande menagiere: ains celle qui est en sa vie vertueuse, en son mantien honeste, & en ses propos correcte. Et à ce propos recite Plutarque, qu'estant un jour interroguée la femme de Thucydides le Grec comme elle pouvoit endurer la puanteur de la bouche de son marj, elle respondit: ainsi comme oncques homme ne s'approcha si pres de moy que je puisse sentir son aleine, j'avoye opinion que tous les autres l'avoyent semblable. O exemple digne de sçavoir, & en mesmes louable à imiter, par lequel nous enseigne celle tresnoble matrone le devoir auquel sont tenues les femmes qui veulent estre reputées vertueuses.
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