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1893

XXXVIII

Victor HUGO

Je rêve une nature innocente et meilleure ; Je ne comprends pas bien pourquoi le renard pleure ; Et comment il se peut que de l'œil effaré Sorte une larme après qu'un rayon est entré ;

Où la lumière vient doit demeurer la joie ; Dans ce frais paradis idéal où j'emploie Mes songes, ou je mets le possible divin, On chantera ; chanter n'est pas stérile et vain,

Chanter est le doux bruit des esprits sur les cimes ; En jetant l'harmonie aux profondeurs sublimes, Aux vents, aux océans, aux sillons, aux prés verts, Une chanson travaille à l'immense univers ;

La mélodie utile et sainte est une haleine ; Une femme qui passe en chantant dans la plaine Mêle une vague lyre au rhythme universel ; De là, plus d'âme aux fleurs et plus d'azur au ciel ;

De là je ne sais quelle indulgence sereine. On n'aura pas besoin de se donner de peine Pour se sentir aimé là-haut dans l'infini ; Le nid sera sacré, l'épi sera béni ;

Tout germe engendrera son fruit, toute promesse Tiendra parole, et sans église ni sans messe, Sans prêtres, tant sera transparent le ciel bleu, La soif verra la source et lame verra Dieu.

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XXXVIII · Victor HUGO · Poetry Cove