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1898

XXXVII

Victor HUGO

Pour l'écrivain vénal il est un dur moment. Après avoir tiré de son encre qui ment Tout ce qu'elle contient de noirceur et de bave, Après avoir été l'affreuse plume esclave,

Après avoir haï pour le compte d'autrui, Soudain cet homme un jour sent que, venant de lui, L'injure est un éloge et la louange un blâme, Et qu'il ne peut plus nuire à force d'être infame.

Quand il est démontré, prouvé, public, patent Qu'on a livré son âme èt qu'on a reçu tant, Qu'on est prostitué par brevet authentique, Qu'au trottoir du chantage on a tenu boutique,

Qu'on s'est fait insulteur, moyennant un loyer, Qu'on est allé chez ceux qui peuvent bien payer Vendre de l'imposture et de la calomnie, Qu'on a, pour de l'argént, outragé le génie,

La probité, le droit, le courage, l'honneur, On est mieux 'qu'assassin, on est émpoisonneur ; On est moins qu'un bandit des bois, on est un drôle ; L'or aux mains flétrit plus que lè fer sur l'épaule.

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