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1893

XXXVI

Victor HUGO

Pygmée et Myrmidon, c'est haine et calomnie. Avoir l'envie au cœur, aux lèvres l'ironie, Poète, c'est un peu l'habitude d'en bas. Après tant de travaux, après tant de combats,

L'affront t'assiège ; ils sont toute une multitude T'insultant dans ton deuil et dans ta solitude ; Mais toi que le destin absorbe, tu n'as point Le temps de voir ces gens qui te montrent le poing.

Les tumultes ont beau t'entourer, tu médites. Toutes tes œuvres sont par Zoïle maudites ; Le fauve acharnement de la haine est sur toi. Toi qui jadis planais archange, et qu'une loi

Met sur la terre, au fond des visions funèbres, Prisonnier dans la cage énorme des ténèbres, Toi, l'aigle échevelé de l'ombre, le banni Tombé d'un infini dans un autre infini,

Du zénith dans l'abîme et du ciel dans ton âme, Éclairé, mais brûlé par ta profonde flamme, Rongé du noir regret du firmament vermeil, Toi dont l'œil fixe fait un reproche au soleil

Et semble demander de quel droit l'on t'exile, Toi qui n'as plus que toi pour cime et pour asile, Tu ne te distrais point de ton rêve éternel ; Et, pendant qu'émus comme autour d'un criminel,

Les passants te voudraient tuer, et qu'on te hue, Et qu'à tes pieds, grondant et grinçant, la cohue Bourdonne avec le bruit d'orage d'un essaim, Et t'appelle idiot, traître, avare, assassin,

Incendiaire, esprit méchant, âme mauvaise, Voleur et meurtrier, clameur que rien n'apaise Comme si la fureur sans cesse grossissait, Pensif, tu ne sais pas au juste ce que c'est.

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