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1893

XXXII

Victor HUGO

L'heure sonne. Un jour va naître. Le nuage erre au zénith ; La barque est sous ta fenêtre ; L'hirondelle est dans son nid ;

Dans ton âme qu'il féconde L'amour veille nuit et jour… — Laisse fuir la barque et l'onde ! Ne laisse pas fuir l'amour.

À nos cœurs qui se désolent Les heures parlent parfois, Quand dans l'ombre elles s'envolent De quelque église des bois.

Les pires et les meilleures Sur nous passent tour à tour… — Ange ! laisse fuir les heures ! Ne laisse pas fuir l'amour.

Est-il une chose au monde Qui ne tremble à quelque vent ? Le nuage est comme l'onde, Clair parfois, sombre souvent.

Il s'en va ! triste voyage, Sans but, sans port ; sans retour… Oh ! laissé fuir le nuage ! Ne laisse pas fuir l'amour.

L'onde, la nuée et l'heure, Tout passe, et nous pleurons tous ! Qu'une chose en nous demeure Quand tout change autour de nous !

L'oiseau quitte à tire-d'aile Son doux nid, sa vieille tour… Oh ! laisse fuir l'hirondelle ! Ne laisse pas fuir l'amour.

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