L'heure sonne. Un jour va naître.
Le nuage erre au zénith ;
La barque est sous ta fenêtre ;
L'hirondelle est dans son nid ;
Dans ton âme qu'il féconde
L'amour veille nuit et jour… —
Laisse fuir la barque et l'onde !
Ne laisse pas fuir l'amour.
À nos cœurs qui se désolent
Les heures parlent parfois,
Quand dans l'ombre elles s'envolent
De quelque église des bois.
Les pires et les meilleures
Sur nous passent tour à tour… —
Ange ! laisse fuir les heures !
Ne laisse pas fuir l'amour.
Est-il une chose au monde
Qui ne tremble à quelque vent ?
Le nuage est comme l'onde,
Clair parfois, sombre souvent.
Il s'en va ! triste voyage,
Sans but, sans port ; sans retour…
Oh ! laissé fuir le nuage !
Ne laisse pas fuir l'amour.
L'onde, la nuée et l'heure,
Tout passe, et nous pleurons tous !
Qu'une chose en nous demeure
Quand tout change autour de nous !
L'oiseau quitte à tire-d'aile
Son doux nid, sa vieille tour…
Oh ! laisse fuir l'hirondelle !
Ne laisse pas fuir l'amour.