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1893

XXXI

Victor HUGO

Cette création, t'a semblée immortelle, Meurt ; mais comment naît-elle ? et comment finit-elle ? Oh ! quel-œil sombre a vu des mondes expirer ? Vers le cloaque noir qui doit les engouffrer

Ils voguent presque éteints, ils descendent ; ils roulent ; Des flots d'éternité sur leurs orbes s'écroulent ; Et l'agonie affreuse en ses exhalaisons Engloutit lentement leurs vagues horizons ;

Ils passent effrayants dans des lueurs livides ; Ils semblent, dans l'horreur des immensités vides, Des coques de vaisseaux monstrueux dérivant Sous on ne sait quel fauve et lamentable vent,

Des crânes de géants, des têtes foudroyées ; Leurs-sinistres rondeurs flottent, demi-noyées ; L'impulsion qui prend ce qui n'est plus vivant Et qui chasse la larve et la cendre en avant,

Pousse vers le néant ces tragiques masures ; Ils perdent, comme on perd le sang par ses blessures, Les éléments de l'être en dissolution ; La mort blême sur eux plane, sombre alcyon ;

Et, dans l'obscurité qui, sous l'immense brume, Les couvre de sa noire et formidable écume, Comme des naufragés qui de l'esquif profond, Pâles, l'un après l'autre, à la nage s'en vont,

Le temps, le jour, l'espace, et la forme, et le nombre, Quittent lugubrement ces épaves de l'ombre.

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