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1898

XXVIII

Victor HUGO

Venez nous voir dans l'asile Où nôtre nid s'est caché, Où Chloé suivrait Mnasyle, Où l'Amour suivrait Psyché.

Si vous aimez la musique, C'est ici qu'est son plein vol Mozart n'est qu'un vieux phthisique A côté du rossignol.

Ici la fleur, le poète, Et le ciel font des trios. Ô solos de l'alouette ! Ô tutti des loriots !

Chant du matin, fier, sonore ! L'oiseau vous le chantera. Depuis six mille ans, l'aurore Travaille à cet opéra.

Venez ; fiers de vos présences, Les champs, qui sont des jardins, Auront mille complaisances Pour vous autres citadins.

Nos rochers valent des marbres ; Le beau se fera joli Et le moineau, sous les arbres, Quoique franc, sera poli.

Mai joyeux, juin frais et tendre Arriveront à propos Pour que : vous puissiez entendre La clochette des troupeaux.

Venez, vous verrez les guêtres Du vieux laboureur normand ; Les mouches par vos fenêtres Entréront éperdûment.

Le soir, sous les vignes vierges, Vous Verrez Dieu qui nous luit Allumer les mille cierges De sa messe de minuit.

Et nous oublierons ces choses Dont on pleure et dont on rit, L'homme ingrat, les ans moroses, L'eau sombre où l'esquif périt,

La fuite de l'espérance, Les cœurs faux le temps si court, Et qu'on partage la France Dans la Gazette d'Augsbourg.

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