Skip to content
1881

XXVII

Victor HUGO

Et les voilà mentant, inventant, misérables ! Les voilà, fronts sans honte et bouches incurables, Calomniant l’honneur du pays, flétrissant Tous les lutteurs, ceux-ci qui versèrent leur sang,

Ceux-ci, plus grands encor, qui, voyant que la flamme Et l’espoir s’éteignaient, répandirent leur âme. Ces maroufles hideux outragent les héros ! Ils lancent au captif, à travers ses barreaux,

Au proscrit, à travers son deuil, leur pierre infâme. Ils offensent la mère, ils insultent la femme ; Ils raillent l’exilé que l’ombre accable et suit ; Ils tâchent d’ajouter leur noirceur à sa nuit ;

Ils entassent sur lui d’affreux réquisitoires ; Et si, voyant passer et flotter ces histoires, Vous demandez au cuistre, au conteur, au grimaud : — Croyez-vous tout cela ? — Moi, dit-il, pas un mot.

— Bien. Mais alors pourquoi le dites-vous ? — Pour rire. Ah ! Les bêtes des bois ne savent pas écrire, Le tigre ne pourrait griffonner un journal, Le renard ne sort pas du confessionnal

Et ne saurait narrer la Salette en bon style ; Mais au moins l’aspic siffle en honnête reptile ; Si, dans son hurlement candide, affreux, complet, L’ours se montre affamé de meurtre, c’est qu’il l’est ;

Le jaguar ne ment pas et pense ce qu’il gronde ; Il n’est pas un lion dans la forêt profonde Qui ne soit, dans l’horreur de son antre fumant, Sincère, et qui ne croie à son rugissement.

Mais, honte et deuil ! Ciel noir ! Comment faut-il qu’on nomme Ces scribes qui demain diront d’un honnête homme : — Je suis son assassin, mais non son ennemi ! — Ah ! Ces gueux devant qui ma jeunesse eût frémi,

Pires que Mérimée et Planche, nains horribles, Ces drôles, que je n’eusse enfin pas crus possibles Jadis, quand d’espérance, hélas ! Je m’enivrais, N’ont pas la probité d’être des monstres vrais.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
XXVII · Victor HUGO · Poetry Cove