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1893

XXVII

Victor HUGO

À l'heure où le soleil se couche, Quand j'erre au fond des bois, les soirs, Seul, songeant, souriant, farouche, Effaré sous les arbres noirs ;

Ou quand, près du foyer qui flambe, Laissant mes livres cent fois lus, Croisant ma jambe sur ma jambe, Je regarde et n'écoute plus ;

Vous dites : Qu'a-t-il donc ? Il rêve ! Oui. Je rêve ! — C'est que je voi L'ombre où l'astre idéal se lève Croître et monter autour de moi !

C'est qu'en cette nuit où s'efface , La clarté faite pour nos yeux, Je sens approcher de ma face Dès visages mystérieux !

C'est qu'il me vient des apparences, Dés formes, des voix, des soupirs, Du monde où sont ces espérances , Que nous-appelons souvenirs !

C'est que des espaces funèbres S'ouvrent à mes sens convulsifs ; C'est que je sens dans ces ténèbres Mon père et ma mère pensifs !

C'est que je sens passer un ange, Toi, ma fille, âme au front charmant, À je ne sais quel souffle étrange Dont je frissonne doucement !

C'est que, sous nos plafonds paisibles Comme dans nos bols pleins d'effroi, Les morts présents, mais invisibles, Fixent leurs yeux profonds sur moi !

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