À l'heure où le soleil se couche,
Quand j'erre au fond des bois, les soirs,
Seul, songeant, souriant, farouche,
Effaré sous les arbres noirs ;
Ou quand, près du foyer qui flambe,
Laissant mes livres cent fois lus,
Croisant ma jambe sur ma jambe,
Je regarde et n'écoute plus ;
Vous dites : Qu'a-t-il donc ? Il rêve !
Oui. Je rêve ! — C'est que je voi
L'ombre où l'astre idéal se lève
Croître et monter autour de moi !
C'est qu'en cette nuit où s'efface ,
La clarté faite pour nos yeux,
Je sens approcher de ma face
Dès visages mystérieux !
C'est qu'il me vient des apparences,
Dés formes, des voix, des soupirs,
Du monde où sont ces espérances ,
Que nous-appelons souvenirs !
C'est que des espaces funèbres
S'ouvrent à mes sens convulsifs ;
C'est que je sens dans ces ténèbres
Mon père et ma mère pensifs !
C'est que je sens passer un ange,
Toi, ma fille, âme au front charmant,
À je ne sais quel souffle étrange
Dont je frissonne doucement !
C'est que, sous nos plafonds paisibles
Comme dans nos bols pleins d'effroi,
Les morts présents, mais invisibles,
Fixent leurs yeux profonds sur moi !