J'avais dans ma mansarde un buste de Platon,
— Ou d'Euclide — un vieux marbre ayant barbe au menton,
Et dans l'œil un regard tout.blanc, fixe et morose ;
Or ce buste devint amoureux d'une rose.
Qu'au temps où des amours je gazouillais l'argot,
J'avais gaîment cueillie au corset de Margot ;
La rose auprès du buste ornait ma cheminée ;
Et le buste disait : ô douce fleur fanée,
Si j'étais homme et toi femme, quels bons moments !
Et comme nous ferions une paire d'amants !
La rose répondait : ô le plus beau des marbres,
Si nous étions oiseaux, nous irions sous les arbres,
Et dans les verts rameaux tout pénétrés de jour,
Nous bâtirions un nid où chanterait l'amour !
Je tire de ceci deux maximes fort justes
Ne point s'exagérer la sagesse des bustes,
Eussent-ils l'œil d'Euclide et le nez de Platon,
Et cueillir, quand on peut, des fleurs sur Margoton.