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1831

XXV

Victor HUGO

Contempler dans son bain sans voiles Une fille aux yeux innocents ; Suivre de loin de blanches voiles ; Voir au ciel briller les étoiles

Et sous l'herbe les vers luisants ; Voir autour des mornes idoles Des sultanes danser en rond ; D'un bal compter les girandoles ;

La nuit, voir sur l'eau les gondoles Fuir avec une étoile au front ; Regarder la lune sereine ; Dormir sous l'arbre du chemin ;

Être le roi lorsque la reine, Par son sceptre d'or souveraine, L'est aussi par sa blanche main ; Ouïr sur les harpes jalouses

Se plaindre la romance en pleurs ; Errer, pensif, sur les pelouses, Le soir, lorsque les andalouses De leurs balcons jettent des fleurs ;

Rêver, tandis que les rosées Pleuvent d'un beau ciel espagnol, Et que les notes embrasées S'épanouissent en fusées

Dans la chanson du rossignol ; Ne plus se rappeler le nombre De ses jours, songes oubliés ; Suivre fuyant dans la nuit sombre

Un Esprit qui traîne dans l'ombre Deux sillons de flamme à ses pieds ; Des boutons d'or qu'avril étale Dépouiller le riche gazon ;

Voir, après l'absence fatale, Enfin, de sa ville natale Grandir la flèche à l'horizon ; Non, tout ce qu'a la destinée

De bien réels ou fabuleux N'est rien pour mon âme enchaînée Quand tu regardes inclinée Mes yeux noirs avec tes yeux bleus !

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