Skip to content
1835

XXIX

Victor HUGO

Puisque nos heures sont remplies De trouble et de calamités ; Puisque les choses que tu lies Se détachent de tous côtés;

Puisque nos pères et nos mères Sont allés où nous irons tous; Puisque des enfants, têtes chères, Se sont endormis avant nous;

Puisque la terre où tu t'inclines Et que tu mouilles de tes pleurs, A déjà toutes nos racines Et quelques-unes de nos fleurs ;

Puisqu'à la voix de ceux qu'on aime Ceux qu'on aima mêlent leur voix ; Puisque nos illusions même Sont pleines d'ombres d'autrefois ;

Puisqu'à l'heure où l'on boit l'extase On sent la douleur déborder ; Puisque la vie est comme un vase Qu'on ne peut emplir ni vider;

Puisqu'à mesure qu'on avance Dans plus d'ombre on se sent flotter; Puisque la menteuse espérance N'a plus de conte à nous conter;

Puisque le cadran, quand il sonne, Ne nous promet rien pour demain ; Puisqu'on ne connaît plus personne De ceux qui vont dans le chemin ;

Mets ton esprit-hors de ce monde ! Mets ton rêve ailleurs qu'ici-bas ! Ta perle n'est pas dans notre onde! Ton sentier n'est point sous nos pas !

Quand la nuit n'est pas étoilée, Viens te bercer aux flots des mers ; Comme la mort elle est voilée, Comme la vie ils sont amers.

L'ombre et l'abîme ont un mystère Que nul mortel ne pénétra ; C'est Dieu qui leur dit de se taire Jusqu'au jour où tout parlera !

D'autres yeux de ces flots sans nombre Ont vainement cherché le fond ! D'autres yeux se sont emplis d'ombre A contempler ce ciel profond !

Toi, demande au monde nocturne De la paix pour ton cœur désert ! Demande une goutte à cette urne ! Demande un chant à ce concert !

Plane au-dessus des autres femmes, Et laisse errer tes yeux si beaux Entre le ciel où sont les âmes Et la terre où sont les tombeaux !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
XXIX · Victor HUGO · Poetry Cove