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1893

XXIII

Victor HUGO

Ô princes insensés ! quoi ! ne tremblent-ils pas D'ouvrir la porte eux-même aux colères d'en bas ! De donner quelque chose à briser à la foule ! D'ébranler, de leurs mains, la maison qui s'écroule !

Et d'appeler en aide à leurs iniquités, D'appeler au secours de leurs lâchés traités, De leur pouvoir caduc, de leurs lois menacées, Le morne paysan plein d'obscures pensées !

Ils ont pu, sans pâlir, voir à leur folle voix, Sortir des lieux profonds, des masures, des bois, Pour se répandre en hâte au loin sur des décombres, Le noir fourmillement des multitudes sombres !

Ô princes insensés ! Dieu juste ! enseigne-leur Ta loi, ton but sacré, ta justice ! Ah ! malheur ! Malheur dans les hameaux et malheur dans les villes,

Quand parmi nos débats et nos luttes civiles, Parmi nos passions, nous voyons, ô terreur ! Apparaître soudain la faulx du laboureur, Qui, terrible et fatale à tous tant que nous sommes,

Quitte les champs de blés et vient faucher les hommes ! Effroyable moisson ! calamités ! forfaits ! Faulx, d'où la gerbe d'or, l'abondance et la paix Devaient sortir, hélas, et d'où sort le ravage !

Outil rustique et saint ! arme horrible et sauvage ! O croissant, d'où jaillit un large et sombre éclair, Faulx ! symbole du temps, de la mort, de l'enfer, De tout bras qui moissonne implacable servante,

Dieu ! comment n'ont-ils pas frissonné d'épouvante, Ces rois ! quand ils ont vu soudain, au milieu d'eux, Ton resplendissement formidable et hideux ! Comment n'ont-ils pas eu, le prince et le ministre,

Quelque éblouissement de ta clarté sinistre, Et n'ont-ils pas dans l'ombre entrevu ton chemin : Les seigneurs aujourd'hui, les couronnes demain !

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