Il était une fois un caporal cipaye, Pauvre diable ; et n'ayant ni pitance, ni paye. C'était à Jagrenat. Un soir il pénétra Dans la grande pagode où la déesse Intra
Reluit, monstre incrusté d'escarboucles sans nombre. Il grimpa sur l'idole, et lui vola dans l'ombre Un beau caillou brillant qui faisait l'œil du front. La nuit l'avait fait brave et la peur le fit prompt ;
Il s'enfuit, emportant l'objet. Le triste hère Attacha le caillou, ne sachant trop qu'en faire, Au pommeau de son sabre avec un fil d'archal ; Puis il se pavanait, fier comme un maréchal.
Un jour enfin, étant ivre entre les plus ivres, À je ne sais quel juif il le vendit six livres. Voilà ce que c'était que ton premier amant. Le caillou du soldat était un diamant ;
L'hébreu qui l'achetait était un lapidaire. O Vénus de Milo, Phébus du Belvédère, Vous n'étiez rien qu'un marbre informe, jusqu'au temps Où le sculpteur vous prit sous ses doigts palpitants,
Et vous tira du bloc, nus, rayonnants, sans voiles, Et vous mit dans l'Olympe au milieu des étoiles ! Ainsi, des noires mains du lapidaire obscur, Avec mille éclairs d'or et de pourpre et d'azur,
Sortit le diamant, taillé, poli, splendide, Magnifique, et si beau que son maître sordide Le vendit à son tour quatre ou cinq millions. C'était un de ces juifs, hideux tabellions,
Qui vendraient le printemps, la rosée et les astres, Pour un mulet ployant sous sa charge de piastres. Voilà ce que c'était que ton deuxième amant. Aujourd'hui, contemplé par tous avidement,
Pur, superbe, admiré par la foule qui passe, Et posé sur un front devant qui tout s'efface, Le merveilleux caillou, rare et divin trésor, Brille au plus haut fleuron d'une couronne d'or.
Son doux rayonnement dissipe l'ombre noire ; Et, le voyant reluire à ce sommet de gloire, L'œil croit voir resplendir l'éternel diamant, L'éclatant Sirius dans le bleu firmament !
Léa ! brille à jamais à ce sublime faîte ! Le troisième est un roi, c'est-à-dire un poëte. Le premier te vola, le second te vendit. L'un fut un goujat vil, et l'autre un juif maudit.
Madame, le troisième, esprit noble, âme éprise, Seul vous a méritée et seul vous a comprise.
Cookies on Poetry Cove