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1898

XVIII

Victor HUGO

Quand, des trous a ses mains, des trous à ses pieds froids, Du sang sur chaque membre, La France, peuple-Christ, pendait les bras en croix Au gibet de Décembre,

Quand, l'épine à son front, râlait sur le poteau La nation pontife, Toi, malheureux, tu vins des clous et du marteau Complimenter Caïphe.

Il fit cortège au crime avec un front riant. Lévite, il vendit l'arche : Maintenant le voilà dans un livre criant : « — Remettons-nous en marche !

« Dans la stagnation, tout rampe et dépérit, « Et l'ombre est importune. « Il faut le Verbe à Dieu, la parole à l'esprit, « Aux peuples la tribune. » —

Il plaide pour le droit ! Regret pur ! deuil touchant ! Il ne veut plus qu'on dorme ! Ô vérité sacrée, aux lèvres du méchant Ta louange est difforme !

Les passants qui l'ont vu du crime réussi Grossir l'immonde escorte, Disent en l'entendant : Pourquoi donc celui-ci Parle-t-il de la sorte ?

C'est qu'il a peur de Dieu ! c'est qu'il a peur des lois ! C'est que ce fourbe tremble ! C'est qu'il sent dans son cœur frissonner à la fois Tous les effrois ensemble !

C'est que, dans cette orgie où le Meurtre éhonté Chante : Que nous importe ! Lui songe au cimetière où dort la Liberté, La redoutable morte !

C'est que sur le festin il voit tomber le soir ; C'est qu'en ce banquet sombre, Il songe à l'avenir, incorruptible et noir, Qui fait des pas dans l'ombre ;

C'est que la peine vient ! c'est qu'il se sent plier Comme les branches d'arbre ! C'est que, pâle, il entend monter dans l'escalier Un visiteur de marbre !

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