Ceux par qui le malheur sur les innocents tombe, Et qui n'ont pas de repentir, Voudront après la mort voler hors de la tombe, Dieu juste, et n'en pourront sortir.
Glaives, sceptres, gibets ! L'homme.aux cieux est contraire ; C'est toujours l'homme du passé ! Il s'aime dans lui-même et se hait dans son frère, Cœur sombre où la ronce a poussé !
Hélas ! on se regarde avec des yeux, funèbres, Grands et petits, jeunes et vieux, Et le riche orgueilleux se sent dans les ténèbres Mordu par le pauvre envieux.
On crache sur Caton, on bave sur Socrate ; Le fort est bon ; le faible a tort ; Le déshérité rampe, et la terre est ingrate ; Il pleut, c'est la nuit, l'enfant dort,
— Enfant, debout ! Va-t'en à ton travail ! C'est l'heure. — Triste, il part ; nul ne le défend, Et le ciel effrayant qui sanglote et qui pleure Glace de ses larmes l'enfant.
Les femmes sont aux fers dans les lois : inégales ; L'homme entend leurs cris de courroux, Sans plus s'en émouvoir que du chant des cigales Dans les chaumes des sillons roux.
Le cadavre d'un peuple, Europe, est à ta porte ; Quoi, tous périssent pour un seul ! O czar ! ô fossoyeur ! la Pologne est la morte, La Sibérie est le linceul.
Des beautés sans pudeur, à leurs festins venues, Disent aux oppresseurs merci ! On frémit en voyant ces Vénus toutes nues, L'âme étant toute nue aussi.
Peuple, libre, est-ce bien sous ton ciel que nous sommes ? Écoutez ces hideux abois : Le nègre fuit les chiens monstrueux, et les hommes Chassent aux hommes dans les bois.
Partout vont gémissant les opprimés sans nombre Dans les cités et dans les champs… — File, ô ver du sépulcre, et fais ta toile sombre Où se prend l'âme des méchants !
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