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1893

XVI

Victor HUGO

Doux poètes, chantez ! Dans vos nids, sous la feuille, Même au déclin des ans, L'aube vous rit ; soyez les seuls dont l'amour veuille Dorer les cheveux blancs !

Le poète est un chant qui vole à nos oreilles ; Il vit dans un rayon ; Enfant, il est Platon baisé par les abeilles, Et, vieux, Anacréon.

Ô poètes ! vivez, aimez, battez de l'aile, Radieux et cachés ! Le bonheur vous convie à sa fête éternelle ! Mais si vous approchez

Des révolutions énormes et sévères, Fier chaos, gouffre obscur Où les sommets ont tous des formes de calvaires, Renoncez à l'azur !

Renoncez à l'amour, renoncez à la fête ! Faites-vous de grands cœurs Qui, dans plus de souffrance et dans plus de tempête, Se sentent plus vainqueurs.

Le genre humain, depuis six mille ans à la chaîne, Levant soudain le front, S'est enfin révolté contre la vieille peine, Contre le vieil affront ;

Il faut être puissant et grave quand on entre Dans ces rébellions. Soyez oiseaux ; alors ne volez pas dans l'antre ; Ou devenez lions.

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