Skip to content
1872

XV

Victor HUGO

Toujours le même fait se répète ; il le faut. Le trône abject s'adosse à l'illustre échafaud ; L'aigle semble inutile et ridicule aux grues ; On traîne Coligny par les pieds dans les rues ;

Dante est fou ; Rome met à la porte Caton ; Et Rohan bat Voltaire à grands coups de bâton. Soyez celui qui lutte, aime, console, pense, Pardonne, et qui pour tous souffre, et pour récompense

Ayez la haine, l'onde amère, le reflux, L'ombre, et ne demandez aux hommes rien de plus. Toutes ces choses-là sont les vérités vraies Depuis que la lumière indigne les orfraies,

Depuis Socrate, Eschyle, Épictète et Zénon, Depuis qu'au Oui des cieux la terre répond Non, Depuis que Sparte en deuil fait rire les Sodomes, Depuis, — voilà bientôt deux mille ans, — que les hommes

Ont vu, sur un gibet et sur un piédestal, Deux couronnes paraître au même instant fatal ; Chacune représente un côté de notre âme ; L'une est de laurier d'or, l'autre d'épine infâme ;

Elles sont sur deux fronts dont rien ne les ôta. L'une brille à Caprée et l'autre au Golgotha.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
XV · Victor HUGO · Poetry Cove