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1893

XLIV

Victor HUGO

C'est l'hiver. Ô villes folles, Dansez ! Dans le bal béant Tourbillonnent les paroles De la joie et du néant.

L'homme flotte dans la voie Où l'homme errant se perdit ; En bas le plaisir flamboie, En haut l'amour resplendit.

Le plaisir, clarté hagarde Du faux rire et des faux biens, Dit au noir passant : Prends garde ! L'amour rayonne et dit : Viens ! —

Ces deux lueurs, sur la lame Guidant l'hydre et l'alcyon, Nous éclairent ; toute l'âme Vogue à ce double rayon.

Mer !j'ai fui loin des Sodomes ; Je cherche tes grands tableaux ; Mais ne voit-on pas les hommes Quand on regarde les flots ?

Les spectacles de l'abîme Ressemblent à ceux du cœur ; Le vent est le fou sublime, Le jonc est le nain moqueur.

Comme un ami l'onde croule ; Sitôt que le jour s'enfuit La mer n'est plus qu'une foule Qui querellé dans la nuit ;

Le désert de l'eau qui souffre Est plein de cris et de voix, Et parle dans tout le gouffre À toute l'ombre à la fois.

Que dit-il ? Dieu seul recueille Ce blasphème ou ce sanglot ; Dieu seul répond à la feuille, Et Dieu seul réplique au flot.

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