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1898

XL

Victor HUGO

Je serais très content si j'étais Bonaparte Qu'on me prouvât que nul n'a combattu pour Sparte, Qu'Aristide est un mot, que Tell est inventé, Que Spartacus fait rire, et qu'un doute est resté

Sur Thrasybule en Grèce et sur Brutus dans Rome. Je trouverais utile et bon, si j'étais l'homme Qui sur la France morte à cette heure est debout, Qu'en sortant de souper avec monsieur About

Chez madame Mathilde, un beau soir, monsieur Taine Démontrât de façon triomphante et certaine Que personne ne peut faire ni bien ni mal, Qu'un gueux, comme un héros, est un produit normal,

Que tout est de la fange étant de la matière, Que le juste et l'injuste au même cimetière Mêlent tranquillement leur phosphate de chaux, Que Tibère à Caprée et Huss dans les cachots

Sont égaux et n'ayant d'âme ni l'un ni l'autre, Sont le néant despote et le néant apôtre ; Car tout se vaut devant le rien universel. La vertu c'est du sucre, et le crime est du sel

On secrète, sans but, et pour se mettre à l'aise, Une bonne action, ainsi qu'une mauvaise De la même manière, et l'homme est un ruisseau Où le serpent vient boire aussi bien que l'oiseau.

Le louer, le blâmer, pourquoi ? Louez-vous l'onde Qu'un cygne fait charmante et qu'un ver fait immonde ?

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