Skip to content
1893

XIII

Victor HUGO

Le bien germe parfois dans les ronces du mal. Souvent, dans l'éden bleu de l'étrange idéal, Que, frissonnant, sentant à peine que j'existe, J'aperçois à travers mon humanité triste,

Comme par les barreaux d'un blême cabanon, Je vois éclore, au fond d'une lueur sans nom, De monstrueuses fleurs et d'effrayantes roses. Je sens que par devoir j'écris toutes ces choses

Qui semblent, sur le fauve et tremblant parchemin, Naître sinistrement de l'ombre de ma main. Est-ce que par hasard, grande haleine insensée Des prophètes, c'est toi qui troubles ma pensée ?

Où donc m'entraîne-t-on dans ce nocturne azur ? Est-ce un ciel que je vois ? Est-ce le rêve obscur Dont j'aperçois la porte ouverte toute grande ? Est-ce que j'obéis ? est-ce que je commande ?

Ténèbres, suis-je en fuite ? est-ce moi qui poursuis ? Tout croule ; je ne sais par moments si je suis Le cavalier terrible ou le cheval farouche ; J'ai le sceptre à la main et le mors dans la bouche ;

Ouvrez-vous que je passe, abîmes, gouffre bleu, Gouffre noir ! Tais-toi, foudre ! Où me mènes-tu, Dieu ? Je suis la volonté, mais je suis le délire. O vol dans l'infini ! J'ai beau par instants dire

Comme Jésus criant Lamma Sabacthani Le chemin est-il long encore ? est ce fini, Seigneur ? permettrez-vous bientôt que je m'endorme ? L'Esprit fait ce qu'il veut. Je sens le souffle énorme

Que sentit Élisée et qui le souleva ; Et j'entends dans la nuit quelqu'un qui me dit : Va !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
XIII · Victor HUGO · Poetry Cove