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1893

XII

Victor HUGO

David, le marbre est saint, le bronze est vénérable. Sous le bois, où grandit le tilleul et l'érable, Où le chêne tressaille, où les germes vivants, Comme une bouche ouverts, boivent l'onde et les vents,

Sous le fleuve moiré qui, roulant ses eaux vives, Décompose en ses flots les ombres de ses rives, Sous le mont colossal, sous l'énorme plateau Que Jéhovah tailla de son divin marteau,

Sous les vallons charmants, sous la fraîche prairie, Ce globe laisse voir à notre rêverie Et cache en même temps à nos yeux trop charnels Des métaux glorieux, des granits éternels

Veinés de noirs filons et de zébrures blanches Comme le sol marbré par les ombres des branches, Blocs où filtre la sève, où l'eau monte et descend, Que le fleuve connaît, que la montagne sent,

Et que l'âpre forêt sous sa racine austère Presse et fait sourdement remuer dans la terre ! Car la chose aime l'être et tout dans tout se fond. Un esprit bienveillant, intelligent, profond,

Circule dans les champs, dans l'air, dans l'eau sonore ; Et la création sait ce que l'homme ignore !

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