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1893

XII

Victor HUGO

Le lionceau songeait ; il était tout petit, Caché muet, pareil au chat qui se blottit, Loin du soleil, dans l'ombre où les rayons s'émoussent. Combien faut-il de temps pour que ses ongles poussent ?

Il songeait. Laissez-moi vous dire que les rois, Lugubres, font le mal ; foulent aux pieds les droits, Les vérités, l'honneur, la vertu, la justice —

Ils font venir le prêtre afin qu'on rebâtisse L'enfer dans l'âme humaine où Dieu mit la raison ; Et leurs prospérités sont faites de façon Que la gloire d'un peuple est la honte de l'autre ;

Leur grandeur dans les tas d'immondices se vautre, Leurs sceptres aux plaisirs obscènes sont mêlés, La bauge aux pourceaux plaît à ces paons étoilés ; Hier, ils souffletaient lés nations meurtries ;

Gais, ils jouaient aux dés les robes des patries ; A celui-ci le Nil, à celui-là le Rhin ; Quand.ils ont sur leur front mis leur cimier d'airain, Rien ne peut modérer leurs fureurs, peu calmées

Par des chansons d'église et des danses d'almées ; Ils ont on ne sait quel appétit monstrueux D'être horribles ; ils sont, les dragons tortueux, Les hydres, les passants sinistres de l'histoire ;

Ils ont pour-eux le deuil, l'échafaud, la victoire, Tout ce qui rampe et tremble ; et les rires hautains ; La famine du peuple assiste à leurs festins ; L'aurore est leur palais, l'ombre est leur forteresse,

Leur faux pouvoir devant l'éternel Dieu se dresse Dans toute l'impudeur de sa rébellion ; Ils,sont dorés, ils sont fangeux. Grandis, lion !

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