J'étais le songeur qui pense, Elle était l'oiseau qui fuit Je l'adorais en silence, Elle m'aimait à grand bruit.
Quand dans quelque haute sphère Je croyais planer ,vainqueur, Je l'entendais en bas faire Du vacarme dans mon cœur.
Mais je reprenais mon songe Et je l'adorais toujours, Crédule au divin mensonge Des roses et des amours.
Les profondeurs constellées, L'aube, la lune qui naît, Amour, me semblaient mêlées Aux rubans de son bonnet.
Dieu pour moi ; sont-ce des fables ? Avait mis dans sa beauté Tous les frissons ineffables De l'abîme volupté.
Je rêvais un ciel étrange Pour notre éternel hymen. — Qu'êtes-vous ? criais-je ; un ange ? Moi ! disait-elle, un gamin.
Je sentais, âme saisie Dans les cieux par un pinson, S'effeuiller ma poésie Que becquetait sa chanson.
Elle me disait : — Écoute, C'est mal, tu me dis vous ! fi ! — Et la main se donnait toute Quand le gant m'aurait suffi.
Me casser pour elle un membre, C'était mon désir parfois. Un jour je vins dans sa chambre, Nous devions aller au bois,
Je comptais la voir bien mise, Chaste comme l'orient ; Elle m'ouvrit en chemise, Moi tout rouge,elle riant.
Je ne savais que lui dire, Et je fus contraint d'oser ; Je ne voulais qu'un sourire, Il fallut prendre un baiser.
Et ma passion discrète S'évanouit sans retour ; C'est ainsi que l'amourette Mit à la porte l'amour.
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