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1893

XII

Victor HUGO

Honte au vain philosophe, à l'artiste inutile Qui ne met pas son sang et son cœur dans son style ! Honte au sophiste assis sur le seuil des vertus Qui commente Platon sans méditer Brutus !

Honte à ceux qui, bruyants, adorent la patrie, En font une publique et chaude idolâtrie, Et qui, quand l'heure vient du gouffre et du péril, Ne l'aiment pas jusqu'à lui préférer l'exil !

Honte au tribun qui crie au peuple de le suivre, Et qui se sent à l'âme un lâche amour de vivre ! Honte au rhéteur.qui dit : Progrès, humanité, Avenir ! sans vouloir le calvaire à côté !

Ils peuvent un moment charmer Athène ou Rome, Tromper Sparte ; l'antique honnêteté de l'homme, Qui marchande la gloire aux lutteurs peu meurtris, Gronde et n'est pas leur dupe, et montre leurs écrits

Cloués sur son comptoir comme fausse monnaie ; Et ce vieux peseur d'or, le temps, qui ;juge et paie, Qui dit à l'un : toujours ! qui dit à l'autre : assez ! Refuse à son guichet leurs noms vertdegrisés.

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