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1893

XII

Victor HUGO

À l'âge des bergeries, Quand les lèvres sont fleuries, Nous errions loin des prairies, Lise et moi, dans le hallier ;

Lise, au vent livrant sa tresse, Moi, tremblant d'une caresse ; La maîtresse, L'écolier.

Voyant la nuit prête à naître, J'osai ne plus me connaître, Je pris un baiser peut-être ; Un vieux frêne soupira ;

La république des bêtes Chantait, moineaux et fauvettes, Sur nos têtes, Ça ira !

Le soir répandait ses brumes. Doux amour, tu nous consumes ! Tout à coup nous aperçûmes (Était-ce un bouc ? je le crois)

Dans la sauge et la joubarbe, O conteur du roi de Garbe ! Une barbe Dans le bois !

Moi qui connais mon Tityre Et qu'Horace aux champs attire, Je criai : C'est un satyre ! Lise dit : C'est un sapeur !

Sans plus nous en rendre compte, Nous fuîmes ; elle moins prompte ; Elle eut honte, Et j'eus peur.

L'âpre forêt taciturne A dans son ombre nocturne Tous les fantômes, Saturne, Faune, Irmensul, Urian ;

D'une vague horreur couverte, La grande Dryade verte Déconcerte. Florian.

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