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1837

XI

Victor HUGO

Puisqu'ici-bas toute âme Donne à quelqu'un Sa musique, sa flamme, Ou son parfum ;

Puisqu'ici toute chose Donne toujours Son épine ou sa rose À ses amours ;

Puisqu'avril donne aux chênes Un bruit charmant ; Que la nuit donne aux peines L'oubli dormant ;

Puisque l'air à la branche Donne l'oiseau ; Que l'aube à la pervenche Donne un peu d'eau ;

Puisque, lorsqu'elle arrive S'y reposer, L'onde amère à la rive Donne un baiser ;

Je te donne à cette heure, Penché sur toi, La chose la meilleure Que j'ai en moi !

Reçois donc ma pensée, Triste d'ailleurs, Qui, comme une rosée, T'arrive en pleurs !

Reçois mes vœux sans nombre, O mes amours ! Reçois la flamme ou l'ombre De tout mes jours !

Mes transports pleins d'ivresses, Pur de soupçons, Et toutes les caresses De mes chansons !

Mon esprit qui sans voile Vogue au hasard, Et qui n'a pour étoile Que ton regard !

Ma muse, que les heures Bercent rêvant, Qui, pleurant quand tu pleures, Pleure souvent !

Reçois, mon bien céleste, O ma beauté, Mon cœur, dont rien ne reste, L'amour ôté !

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