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1898

VIII

Victor HUGO

Eh bien, allons ! mentant, pillant, volant, broyant, Coalisez-vous tous ! que ce soit effrayant ! Nous sommes prêts au deuil, à la mort, au martyre. Que d'un coup de collier le genre humain s'en tire !

Frappez-nous, percez-nous ! Traversons, s'il le faut, Avec le dernier camp, le dernier échafaud ! Qu'il soit hideux, devant la terre intimidée, Ce duel sombre où la force a terrassé l'idée !

Que le passé se rue et morde l'avenir ! Qu'Haynau vienne tuer et Mastaï bénir ! Qu'ils soient les éperviers, Seigneur, et nous les proies ! Que nos poignets gonflés saignent sous les courroies !

Qu'on nous jette à l'exil, au bagne, à la prison ! Que sur le coteau noir, tumeur de l'horizon, L'affreux gibet, squelette aux sinistres vertèbres, Se dresse ! Que l'esprit des antiques ténèbres

Risque l'un après l'autre, et tire coup sur coup Ses monstres de sa poche, et fasse son va-tout, Et joue en rugissant sur sa dernière carte Son dernier Nicolas, son dernier Bonaparte !

Oui, crachez vos serments, hurlez vos Te Deums, Invoquez vos Agnus, vos bons dieux, vos Mahoms ! Que les czars et les-rois et les hommes des sacres Lancent tous les bourreaux, fassent tous les massacres !

Que nous soyons trahis, vaincus, chassés, brisés, Et que tous les Judas donnent tous les baisers ! Finissons-en ; voici nos têtes pour le glaive ! Pourvu qu'à l'orient une blancheur se lève !

Pourvu que, dans ses mains tenant tous les flambeaux, L'éclatant avenir sorte de nos tombeaux ! Pourvu que naisse enfin la nouvelle âme humaine ! Pourvu qu'au vieil Adam Dieu par la main amène,

Après tant de douleurs, tant de sang, tant de fiel, Cette âme, Ève d'en haut, la future du ciel ! Pourvu qu'un jour, jour saint et dont mon cœur tressaille, Après nous ; derniers morts du grand champ de bataille,

Derniers épis du ; mal, derniers martyrs du fer, On voie, en un Éden fait avec notre enfer ; Debout sur notre cendre et sur notre désastre, L'homme adorant la paix, l'aigle regardant l'astre !

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