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1855

VIII

Victor HUGO

À qui donc sommes-nous ? Qui nous a ? qui nous mène ? Vautour fatalité, tiens-tu la race humaine ? Oh ! parlez, cieux vermeils, L'âme sans fond tient-elle aux étoiles sans nombre ?

Chaque rayon d'en haut est-il un fil de l'ombre Liant l'homme aux soleils ? Est-ce qu'en nos esprits, que l'ombre a pour repaires, Nous allons voir rentrer les songes de nos pères ?

Destin, lugubre assaut ! O vivants, serions-nous l'objet d'une dispute ? L'un veut-il notre gloire, et l'autre notre chute ? Combien sont-ils là-haut ?

Jadis, au fond du ciel, aux yeux du mage sombre, Deux joueurs effrayants apparaissaient dans l'ombre. Qui craindre ? qui prier ? Les Manès frissonnants, les pâles Zoroastres

Voyaient deux grandes mains qui déplaçaient les astres Sur le noir échiquier. Songe horrible ! le bien, le mal, de cette voûte Pendent-ils sur nos fronts ? Dieu, tire-moi du doute !

O sphinx, dis-moi le mot ! Cet affreux rêve pèse à nos yeux qui sommeillent, Noirs vivants ! heureux ceux qui tout à coup s'éveillent Et meurent en sursaut !

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