Le frêle esquif sur la mer sombre Sombre ; La foudre perce d'un éclair L'air.
C'est minuit. L'eau gémit, le tremble Tremble, Et tout bruit dans le manoir Noir ;
Sur la tour inhospitalière ; Lierre, Dans les fossés du haut donjon, Jonc ;
Dans les cours, dans les colossales Salles, Et dans les cloîtres du couvent, Vent.
La cloche, de son aile atteinte ; Tinte ; Et son bruit tremble en s'envolant, Lent.
Le son qui dans l'air se disperse Perce La tombe où le mort inconnu, Nu,
Épelant quelque obscur problème Blême, Tandis qu'au loin le vent mugit ; Gît.
Tous se répandent dans les ombres, Sombres, Rois, reines, clercs ; soudards, nonnains, Nains.
La voix qu'ils élèvent ensemble Semble Le dernier soupir qu'un mourant Rend.
Les ombres vont au clair de lune, L'une En mitre, et l'autre en chaperon Rond.
Celle-ci qui roule un rosaire Serre Dans ses bras un enfant tremblant, Blanc.
Celle-là, voilée et touchante, Chante Au bord d'un gouffre où le serpent Pend.
D'autres, qui dans Pair.se promènent, Mènent Par monts et vaux des palefrois, Froids.
L'enfant mort, à la pâle joue, Joue ; Le gnome grimace, et l'Esprit Rit :
On dirait que le beffroi pleure ; L'heure Semble dire en traînant son glas : Las !
Enfant ! retourne dans ta tombe ! Tombe Sous le pavé des corridors, Dors !
L'enfer souillerait ta faiblesse. Laisse Ses banquets à tes envieux, Vieux.
C'est aller au sabbat trop jeune ! Jeûne, Garde-toi de leurs jeux hideux, D'eux !
Vois-tu dans la sainte phalange L'ange Qui vient t'ouvrir le paradis, Dis ?
Ains la mort nous chasse et nous foule, Foule De héros petits et d'étroits Rois.
Attilas, Césars, Cléopâtres, Pâtres, Vieillards narquois et jouvenceaux, Sots,
Bons évêques à charge d'âmes, Dames, Saints docteurs, lansquenets fougueux, Gueux,
Nous serons un jour, barons, prêtres, Reîtres, Avec nos vœux et nos remords Morts.
Pour moi, quand l'ange qui réclame L'âme Se viendra sur ma couche un soir Seoir ;
Alors, quand sous la pierre froide, Roide ; Je ferai le somme de plomb, Long ;
Ô toi, qui dans mes fautes mêmes, M'aimes, Viens vite, si tu te souviens, Viens
T'étendre à ma droite, endormie, Mie ; Car on a froid dans le linceul, Seul.
Cookies on Poetry Cove